Midnight in Paris

mip

Dans les rues illuminées de Paris, la musique retentit ; des plans larges englobant l’architecture brune et mélancolique de la ville. Un peu nostalgique de ces pavés soignés, filmés sous une brume poétique, je repense à ma jeunesse où je sillonnais les mêmes rues, les mêmes quartiers, le latin étant mon favoris. J’avais mes habitudes là-bas, dans cette capitale, mercredi direction Gilbert Jospeh, mes sacs à la main, en quête de nouveaux titres, de nouvelles pages à emporter. Si j’ai appuyé sur play, ce fut par curiosité, par la renommée du réalisateur, par son univers aussi. J’avais déjà visionné un de ses premiers films (dont je ne me souviens plus du nom), j’avais aimé cette réalité transfigurée par le fantastique, des personnages qui sortent de l’écran, métaphore subtile du travail cinématographique. Je n’avais pas de préjugé, ni d’imagination implorante, j’ai juste regardé, ignorante de ce que j’allais y trouver. Une vision des femmes archaïque, un narcissique outrancier, mais toujours cette terre sublimée par les yeux de la caméra. Ce qui me semble mal construit est le scénario, l’esthétique étant une valeur certaine dans les projets de Woody Allen. En demie teinte, Midnight in Paris accueille une part de lumière alliés aux ténèbres de la misogynie.

1Si je n’avais pas pris conscience de notre société patriarcale, il m’aurait été difficile d’apercevoir les archétypes qu’Allen diffuse sur les femmes. Le début présente un couple d’Américains se baladant dans les rues de Paris, référence à Monet avec ses tableaux impressionnismes, le réalisateur tente aussi d’emprisonner la lumière dans ses images en nuance d’ocre et de sienne. Un homme, une femme, se baladant bras dessus bras dessous ; une promenade romantique comme l’on se représente Paris, territoire romantique propice à l’amour, à l’intimité, planète des rêves amoureux où les fiancés se marient, s’offrent bijoux de grands créateurs, errent dans les arrondissements les plus côtés. De ce que nous montre le réalisateur ce sont les pôles riches, les galeries extérieurs dans des coins reculés, d’indigence il ne s’agit guère, cela d’ailleurs, ne se dévoile pas. Alors le duo se promène, ils s’oublient dans les ruelles, le spectateur pourraient apprécier ces séquences si seulement la femme s’arrêtait de parler. Car, son dialogue présente une logorrhée de superficialité. Est-ce ainsi qu’Allen voit les femmes ? Celle stéréotypée, bête et belle, ne comprenant pas son fiancé en quête d’absolu création, de poésie et de rêve éclatant ? Elle n’a, à sa bouche, que les centimes et les billets et, dès que la caméra pointe son œil acéré c’est pour dessiner son visage lisse, ensoleillé, telle une demoiselle dressée, une femme de la société, une de celle qui ne se révolte pas. Une décorative, une pour faire jolie dans le paysage de Paris.

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J’avais dis que je ne me révolterai pas contre la vision sexiste de certains réalisateurs, force est de constater que le gros point noir réside dans le rôle des femmes ; si ce n’était qu’une ! Après la fiancée ne comprenant décidément rien à rien, le personnage principal, toujours en désespoir, un peu lunaire se voit monter, à minuit, l’heure des songes, dans une voiture de la fin du siècle dernier. Il y rencontrera Fitzgerald et Hemingway, Zelda et Gertrude… L’église sonne les douze coups, du haut de son clocher et voilà le héros, un peu mou, un peu passif, admiratif de toutes ces célébrités mortes et ressuscités, en pleine immersion dans une période reculée. L’Art et ses artistes (écrivains, peintres, photographes, critique) semblent l’obsession de cette œuvre. J’ai aimé. Me plonger dans cette beauté féérique, des décors illuminés et des costumes pâles se fondant dans les images, d’or et d’argent. Les couleurs n’agressent pas, tout est construit dans le but de ravir les prunelles émerveillées. Je l’ai été, derrière mon petit écran, sourire au coin de mes lippes. J’aurai apprécié un peu de nuance dans le caractère des personnages, de tous les personnages ; Hemingway ou Gertrude Stein (celle-là étant ma préféré puisque j’ai été amenée, dans mes études, à étudier l’un de ses portraits réalisés par Man Ray, nostalgie, nostalgie) paraissent de fades clichés de l’inconscient collectif. Ils ne représentent que de morne substrats de ce qu’ils étaient. Penchée sur les biographies de certains, ils m’ont longuement inspiré et continuent de le faire. Ici, ils ne s’animent que pour présenter leur côtés les plus connu, deviennent caricature d’une vision stéréotypée, la plus connue au large public (Dali est le meilleur exemple que je puisse trouver).

Je comprends que le stéréotype se cache dans toutes les choses que Woody cherche à nous montrer ; Paris se voit envahi de nombreuses représentations faussées par sa réputation, romantique, éclairée, les riches trouvent leur repos tandis que les pauvres n’existent pas (ou fantasmés). Un tel manichéisme semble altérer la qualité de ce long-métrage bien que l’apparence soit exquise, soignée. Lisse, édulcoré, l’humour grotesque apporte une gratuité inintelligible, même égocentrique. Son amour de Paris effleure une tendresse gâchée par les lieux communs, par sa misogynie. Vraiment, je n’ai pas supporté les femmes, servant soit de pot de fleur énervant, vénale et insipide ou de muses déchirées, tourmentée par l’amour absolu, idéal. Les bonnes idées gâchées par la vision d’un vieux de la vieille époque ne peuvent s’actualiser dans une ère comme la nôtre où la parole des femmes se démocratise et souhaite modifier la reproduction patriarcale. Mitigée, déçue, ce film gardera les palettes colorées du film, pluvieuse et sépia.