S’en aller (I)

blog 2

Photographie de @Marta Bevacqua

Elle joue du violon. Dans le café aux bruits des pas et des voix, aux bavardages incessants, aux baisers donnés sur les lippes, elle joue du violon. Elle s’installe près de la fenêtre où les rayons s’embrasent de milliers de nuances d’or traversant les vitres où le paysage s’esquisse, une galerie où les œuvres exposées chatoient des couleurs évanescentes. Elle observe ces personnes s’installant sur la terrasse, commandant les pâtisseries et les boissons juteuses. Elle sourit, ses joues s’illuminant de joie. Son violon collé près d’elle, serré sur sa poitrine vêtue de dentelle, l’archet à doigts de fée. Les notes s’envolent, délicates, parfumées. Parfois tristes et mélancolies se poursuivent, se tissent, s’agrandissent, se joignent, valsent les litanies, des pleurs, des funèbres destinées. Dans ce café, elle compose à la vue de ces gens divins, l’énergie du quotidien. Là, une vieille dame, assise seule dans un coin de la pièce. La serveuse lassée par ces allées, ces journées routinières, rêvant de vacances, le masque posé en forme d’un éclat de voix distrait, d’une demande habituelle. Ici, un enfant entouré de ses parents, des bouclettes son front innocent. Alors elle chante par son instrument, la main joint les messages de paix, des harmonies et des rêves déliés fusant des cordes vibrantes, sa tête posée, son expression songeuse.

Elle est cette fille des muses, cette gosse aux manches trop longues pour ses poignets noués. Cette gamine des ruelles, changeant d’endroit mais revenant au même. Elle est cette inconnue silencieuse, partageant un morceau de vie, tendant ses paumes aux indésirés, embrassant les peines par sa musique divine.

Tous les jours, elle se place dans l’ombre du café. Tous les jours, les sons s’éparpillent aux oreilles. Tous les jours, elle aiguise ses armes de paix, de gentillesse. L’enfant possède vingt années d’existence, dans ses yeux flamboie le charme des mystères. Elle ne verse mot, un bonjour rapidement au propriétaire de ce temple éclairé, un ça va aller aux serveuses gémissant leur cœur arraché par les bandits garçonnets. Jamais elle ne raconte son histoire, l’on voit pourtant dans ses iris, parfois, les sanglots tus, muselés par le sourire timide.

 

2 Comments

  1. Ada septembre 7, 2018

    Ton écriture est toujours aussi belle et délicate. J’ai l’impression que tu écris mieux aussi.
    Bref, tu sais que je te soutiens 😉

    Répondre
    • celestialmusae septembre 9, 2018

      C’est un vieux texte, mais je suis contente si ça te plait ! J’essaie de m’extérioriser un peu et de montrer ce que je fais **.

      Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.