Quelques minutes après minuit

On s’immerge dans un conte métaphorique aux images acérées de merveille, l’on rencontre un petit garçon ployant sous la maladie de sa mère, obligé de la voir chaque jour agoniser un peu plus. Comment supporter ce fardeau pour un âge aussi jeune ? L’hymne à l’imagination devient sublime et transcende le spectateur. Il serait difficile de parler avec des mots justes pour ce film, de ce qu’il transmet, de ce qu’il raconte ; la vision se balance en deux mouvement, deux chemins qui se relient dans une harmonie doucereuse.

287491.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxLes « il était une fois » se parent de leçon de vie où, pour une fois, les méchants ne sont pas méchants, où les gentils ne sont pas gentils, où les personnages de ces trois contes restent humain dans leur complexité tantôt négative, tantôt positive. Elles sont esquissées dans le plaisir d’une animation aquarelle aux couleurs sombres et éclairées, aux visages brouillon, abstraits, à l’art féerique d’un imaginaire fertile. Ces trois histoires ne sont pas gratuites, elles servent, complètent la vie réelle cruellement dure et suffoquante pour ce petit garçon à qui l’on s’attache rapidement. Détail non pertinent mais j’ai trouvé le visage angélique de Connor redoutable dans ses expressions, cet acteur a un talent fou qui s’expose, brut, violent, sauvage, une germe de naïveté et de tristesse dans ses yeux mordoré. Ainsi, les histoires que racontera le monstre, incarnation d’un arbre géant, symbolique, onirique, l’arbre représentant la vie, la sève coulant dans ses racines, amènera le héro à se libérer du malaise et de ses sentiments nébuleux, orageux après un long parcours dévoilé en plusieurs scènes. Les contes que l’on narre aux enfants pour s’endormir le soir ont cet effet instructif, bénéfique ; le conte sert à apaiser les affres de l’inconscient de l’enfant, l’aide à se construire, à trouver des réponses pour s’offrir un sens à la vie. Le film l’explicite totalement.

Les relations se tissent, magiques, tendres, surtout entre le géant et le garçon, un géant monstrueux me rappelant ce Jack dans Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi, d’ailleurs le sujet principal est similaire : le deuil, la mort est omniprésente dans les photographies proposées, elle pèse comme un souffle putride, envahit le petit de sa présence néfaste. On la voit, omniprésente, dans les couleurs obscures, crépusculaire, la nuit est l’égale des monstres qui se cachent sous le tapis.

tumblr_ny4spfLpXr1rmuqh2o4_250L’amour qu’il porte à sa mère devient insoutenable par les mots obstrués dans la gorge. Il n’ose pas avouer ce qui le pénètre, il cache sa colère, sa frustration. Les dernières scènes sont redoutables émotionnellement parlant, la découverte de la quatrième histoire, la sienne où les sentiments, la culpabilité se dévoilent, explosent dans des répliques douées de sens. D’autre personnages tournent autour de Connor, la mère dont on se prend d’affection, son visage émacié à la maladie vicieuse, le père, la grand mère jouée magistralement par Sigourney Weaver, froide, rigide, le contraire, le capitaine crochet de ce Peter Connor. Elles sont touchantes ces scènes entre ces deux êtres n’arrivant pas à s’adopter, on sent l’amour qu’ils se portent, tristement, maladroitement. L’apprentissage s’esquisse dans toutes les scènes pour un but final, fracassant les rires mais laissant une mélodie d’espoir. Le final laisse à méditer, est-ce une métaphore d’un renouveau, d’un recommencement près et proche en même temps de sa mère ? Le film est vecteur d’émotion, de beauté sauvage et de leçon de vie, une harmonie magique où le spectateur se laisse happer par l’esthétique et l’histoire poétique.

Lointaine correspondance, ce film peut se lier à Broken, hymne à l’enfance, à ses difficultés.

Le film, universel, parle aux petits comme aux adultes, car tous, nous nous employons à museler nos ressentis, masques de bonheur en société, de faux sourire sur les joues. Le monstre veille, psychothérapie douloureuse mais nécessaire pour enfin la libération et l’épanouissement.

4 Comments

  1. Ourdarkmaterials

    juillet 4, 2018 at 2:29

    J’en attendais beaucoup de ce film (peut être trop …) et pour moi ça n’a pas fonctionné. J’ai trouvé son rythme trop lent, ses actions prévisibles. Son histoire qui d’un certain côté pourrait rappelé L’histoire sans fin ne m’a pas séduite comme celui-ci… bref je suis passée à côté.

    1. celestialmusae

      juillet 5, 2018 at 11:32

      Ca arrive tellement fréquemment d’en attendre trop, moi aussi ça me joue régulièrement le même tour. Mais celui là j’avais juste vu la BA qui m’avait plu et le film encore plus. Du coup j’ai été sauvée, surtout que j’y ai vu une magnifique métaphore du deuil et de l’enfance.

  2. Lili

    juillet 7, 2018 at 7:10

    Celui-là aussi, je l’ai noté depuis un moment. Dis donc, tu ne lis que des livres qui me tentent beaucoup en ce moment ! Tu as bien fait de revenir sur la blogosphère 😀

    1. celestialmusae

      juillet 17, 2018 at 7:30

      Merci beaucoup !
      Je n’ai pas lu le livre malheureusement mais je compte rattraper mon retard très prochainement.

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