L’invitation au voyage #1

J’avais cette idée de rendez-vous depuis longtemps, assez pour m’y mettre ce soir en regardant la galerie d’une photographe que j’affectionne énormément. Les mots ont une sonorité, une mélodie de la joie, de la tristesse, une sensibilité à fleur de phrase, à la peau sombre ou à l’épiderme gelée. Quelques passages nous marquent, à vie, d’autre s’oublient pour s’ancrer comme de l’encre dilué dans notre âme affamée toujours présents. Le langage, particularité de l’humain, certains l’utilisent pour façonner des chefs d’œuvres flamboyants qui suscitent la révolte grondant dans le coeur, pour placer une marque qui s’éternisera au fil de siècles, parleront encore à des générations entières. Je mêle écriture et dessin, ils sont tissés dans les liens pérenne, un mariage de créativité. L’inspiration vient en contemplant, en s’intéressant aux autres, artistes qui dénoncent, qui s’expriment.

Ainsi ce nouveau-rendez vous s’établira tous le premier lundi de chaque mois. Il est simple ; une citation aimée alliée à une photographie, et un texte, quelques mots sur ce que je ressens (parfois) ou le silence comblera, quelques fois il suffit de laisser le vide pour mieux ressentir. Les commentaires sont les bienvenues, pour entamer une discussion et pouvoir se connaître un peu mieux.

Baselitz-05
Laura Makabresku

La flamme de son regard avait fait place à une douceur mélancolique et rêveuse ; il ne donnait plus l’impression de considérer les objets environnants, et semblait toujours fixé au-delà… on aurait dit hors de ce monde. La pâleur de sa figure – dont l’aspect hagard avait disparu depuis qu’elle avait repris des chairs – et l’expression particulière due à son état mental, malgré la tristesse de leur origine évidente, ajoutaient à l’intérêt pathétique qu’elle éveillait. Et chose indubitable à mes yeux, comme aux yeux de quiconque la voyait, j’en jurerais, c’étaient là des signes qui réfutaient les preuves plus ou moins tangibles de sa convalescence et la marquaient comme un être condamné à décliner.

Emily Brontë, Les hauts de Hurlevent, 1847

2 Comments

  1. Ada

    juillet 3, 2018 at 3:38

    Je ne me souvenais pas exactement de ce passage, mais je n’ai pas oublié à quel point ce passage est brillant, frappant d’émotion. Avec la photo, ça rajoute quelque chose de sombre à quelque chose qui l’était déjà, je ne sais pas. (ce n’est pas négatif)
    Emily Brontë était une sacrée autrice, capable de dévoiler tout son talent en un roman devenu culte.

    1. celestialmusae

      juillet 5, 2018 at 11:31

      Je ne peux qu’être d’accord avec toi ! J’aime beaucoup ce passage, il a toute la force du gothisme, cette ambiance macabre et en même temps onirique.

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