Ligne éditoriale

Septembre approche. Avec lui, de nouvelles décisions, de nouvelles réflexions.

Tenir un blog par exemple ; comment faire ? Comment choisir face à cette multitude de choix de thème, comment sélectionner alors que l’on ne le désire pas. La première fois que j’ai créé un blog, j’avais l’envie avide de tout mettre, de chroniquer toutes mes lectures. Quatorze ans, encore jeune de découverte. Vingt-cinq ans, j’ai appris. Que je ne pouvais pas tout mettre, que je devais construire.

Du verbe fabriquer, qui sous-tend une artificialité ?

Or, l’artificialité me dérange. Je favorise la spontanéité, la pluie des mots sur le clavier, laisser la part belle à l’inconscient et puis prendre du recul, fascinée par ce que j’ai profondément pensé de tel ou tel sujet. Ca médite dans mon cerveau, dans l’abysse de mon subconscient que je ne peux déceler.

Je partage avec des lecteurs qui, comme moi, ont souhait de rencontrer des personnes similaires à leur gout. Il est vrai que des lecteurs ne se rencontrent pas à chaque coin de rue. Tant mieux d’ailleurs ! J’aime donner le gout de l’apprentissage, des rêveries solitaires, des introspections, des balades au soulèvement des pages.

Je m’émeus pour des thèmes politiques. Le féminisme. Mais je n’ose pas encore apporter ma contribution, mes témoignages, celui d’être femme dans une société patriarcale. Néanmoins, je remarque avec délice que je m’oriente de plus en plus vers ces figures de l’ombre, ces êtres qui endurent : la maltraitance misogyne, la violence conjugale, la complicité sexiste que nous impose la société pour mieux nous garder dans les sphères cloisonnées du privé.

Alors je lis, toujours autant, avec vigueur, amour, déchaînement de transports amoureux. Les livres m’ont sauvé d’un traumatisme que de nombreuses femmes expérimentent. Alors je lis des autrices qui deviennent des amies, des voix dans le chaudron de la machine infernale littéraire, ces femmes auxquelles les hommes ont si peu donné la parole, une place dans la ronde public.

Je suis féministe.

Hier, j’ai visionné Les Noces Rebelles, début d’une lenteur implacable, scènes soignées des mains de Sam Mendes, la vision succombe à un pessimisme intraitable : qu’est-ce qu’un couple face aux exigences des voisins ? Hier, j’ai refermé Les Droits du désir, encore le conte d’un couple, un couple s’ignorant, l’homme, deux fois l’âge de la jeune fille. Hier encore, j’étais attirée par ce masculin en noir, plus âgé, plus mature que moi, dans le soucis, peut-être, de me voir fragile, faible, ma tête me disait qu’un homme protégeait la femme, la dominait. Aujourd’hui, je me souviendrai : la femme n’a pas besoin d’un mâle pour se permettre d’exister pour elle-même.

Si j’ai pris conscience, ce fut au cours de longues introspections, de terribles répercussions intérieures, ma psyché ; de cabane se transforme en une énorme maisonnée, entourée de ronces méfiantes, de terre boueuse où s’encrent les maux du passé, des racines tourbillon se mêlant de soleil et de lune. Les romans ont bercé mon inconscient mouvementé, celui-ci, dans sa mansuétude m’a offert les mots pour mieux m’expliquer, pour mieux m’exprimer.

Être féministe ne suffit pas comme tare à l’état, il fallait en plus que je me montre casanière. Je ne vis heureuse qu’entourée de ma bibliothèque et de ma peinture, de ma mère et de mon frère, de mes rares amies auxquelles je tiens tant. Si je cultive mon blog c’est aussi pour encourager ceux et celles qui se cherchent à l’individuation, capacité à faire fi de la société, à s’harmoniser complétement en vu de se posséder totalement, effacer les remarques et jugements néfastes que soumet la part de l’humanité accroché à un semblant de consolation, celle de plier aux imprécations de la société.

Je lis, je peins aussi. Les arts dans toutes leurs formes me font entrevoir la tolérance, abattent mes préjugées, dissipent mes stéréotypes. Des artistes j’en apprécie des tonnes : Degas, Annie Ernaux, Dali, Bouguereau, Waterhouse, Monet, Marlène Dumas, Laura Makabrescu… Photographes, peintres, écrivains, sculpteurs. Les images se construisent grâce aux masses, aux vides, aux pleins, aux couleurs, à l’imagination. Se nourrir d’aliment spirituel pour pouvoir créer à son tour, espérer ajouter une pierre minime dans cet Olympe artistique. Nous sommes tous artiste avait l’habitude de jouir Joseph Beuys. Sur cela, je l’approuve entièrement.

Les mots, d’ailleurs, révèlent des images. L’écriture comme compagne, muse qui me réconforte, thérapie des phrases s’écoulant, fluides, naturelles lorsqu’elles veulent bien se lier ensemble dans un dessin politique, poétique. L’acte d’écriture m’aide à me placer dans ce monde que je méconnais, qui m’oppresse parfois, qui m’étrangle sous ses incohérences. Je cherche du sens. J’écris, pour moi, des pages de carnets secrets, puis vous, pour questionner, pour réfléchir.

Je n’aime pas m’enfermer, j’ai décidé de rédiger une prose libre et vaporeuse afin ne pas m’enfermer dans une obligation de respecter une ligne éditoriale trop cloisonnée. J’ai visé large, pris l’essentiel pour le poser dans ces lignes. Ci gît les thèmes principaux que vous retrouverez dans mes nouveaux choix. En gras.

7 Comments

  1. Ada

    août 14, 2018 at 6:30

    Ah mais t’es spontanée, ça c’est clair ! Ca fait l’avantage de ton blog, on le sent à travers ton écriture. (qui est magnifique, l’ai-je déjà dit ?)
    Pour la ligne éditoriale, je me sens mal, aha… parce que j’en ai pas. J’y vais au pif en fait… Toi, c’est cohérent. Moi, c’est un espèce de bordel…

    Olala, tu me rappelles des souvenirs, je regarde trèèès peu de films, mais je me souviens de Noces rebelles, faut s’accrocher avec celui-là, il m’avait fait longuement réfléchir. (et les deux acteurs sont juste parfaits)

    Et tu as bien raison d’encourager les gens à assumer qu’ils sont en-dehors de la société comme on l’entend. J’ai longuement culpabilisé, j’essaie de relativiser avec l’aide de ma psy… Et tu as bien raison, les blogs peuvent y aider ! Trouver des personnes sur la même longueur d’ondes que nous, c’est un soulagement.

    Annie Ernaux <3 (pardon)

    Super article !

    1. celestialmusae

      août 19, 2018 at 4:45

      Oui tu me l’as déjà dis mais ça me touche toujours autant quand tu le dis *_*
      Cet article je l’ai écrit pour faire le point avec mes réflexions parce qu’il y a trop de sujet dont je veux parler, néanmoins je vois bien que je me complais dans mes chroniques et critiques, je me sens capable d’écrire sur le format chronique et pas sur le format théorie, explicatif encore.
      Je l’ai trouvé un peu lent, mais j’adore comment c’est construit, c’est une très belle oeuvre avec des acteurs hyper talentueux !
      Oui ! Faut trouver sa voix dans l’individuation (je suis en pleine lecture de Dialectique du moi et l’inconscient, c’est passionnant). Le blog ça aide grandement quand on se dit qu’on ne l’écrit pas pour la célébrité et la reconnaissance mais qu’on l’utilise pour voir sa progression et parler des choses qu’on aime et qu’on aimerait partager.
      Annie c’est mon amour de femme !
      Merci ♥

  2. Lison

    août 15, 2018 at 9:25

    Quel article si bien écrit ! Je me suis moi aussi questionnée sur ma « ligne éditoriale », sur ce que je voulais et pouvais publier sur mon blog. Mes articles finalement évoluent au gré de mes envies, avec ma personnalité et mes centres d’intérêt. J’écris avant tout pour laisser une trace de ce qui m’anime, pour partager, (me) faire du bien. C’est ça ma ligne éditoriale, une ligne avec ses courbes et ses détours, en évolution constante. Même si parfois je songe à faire un blog plus « professionnel », parce qu’il m’arrive de le valoriser dans mon parcours universitaire. Mais je n’ai pas envie de faire un blog ultra cadré. Je suis lassée de tous ces blogs « lifestyle » etc impersonnels, qui relatent tous les mêmes sujets, qui m’apparaissent comme des vitrines plus que comme des espaces de création libres et approfondis. Je remarque d’ailleurs de plus en plus un clivage entre ces blogs pros et commerciaux qui ressemblent à des magazines féminins et les blogs comme les nôtres qui gardent (je l’espère du moins) cette authenticité des débuts du blogging. Je ne lis pas énormément d’articles sur la blogosphère mais lorsque je prends le temps pour ça, je favorise des articles spontanés comme celui-ci, de personnes qui partagent leurs doutes, leurs réflexions, leurs aspirations et leurs inspirations. C’est pour moi l’intérêt d’un blog.
    Bref, j’ai apprécié la lecture de ton article et j’ai hâte de lire les prochains !

    1. celestialmusae

      août 19, 2018 at 7:09

      Tu as les mêmes gouts que moi, je ne supporte pas les blogs commerciaux, qui essaient de vendre des articles, des produits, qui jouent à la course au plus d’abonné possible. Les concours, les petits articles présentant des modes d’emploie pour vivre, pour sourire, pour être heureuse et cacher par dessous les malheurs, même ils nient la négation que peut avoir notre psyché. Des problèmes tout le monde en a, hors, dans plus en plus de blog on trouve des astuces pour effacer et donner le côté le plus bisounours de la vie. Je trouve ça tellement faux ! J’essaie d’aller à contre courant, ce blog c’est mon espace que je désire partager avec d’autre qui comprendront que vendre un mode d’emploi pour vivre ce n’est pas ça la vie. Merci beaucoup pour ton commentaire, il m’a fait énormément plaisir !

  3. Moka

    août 20, 2018 at 2:06

    Il est beau cet article. Vraiment.
    Et il appelle une lecture régulière de ce bel espace en devenir.

    1. celestialmusae

      août 21, 2018 at 11:55

      Merci beaucoup ! Ça me touche énormément. J’hésite toujours à publier ce genre d’article parce que ça relève du privé et que j’ai un peu peur. Mais je le fais parce que ça peut permettre de toucher certaines personnes.

  4. Diane

    septembre 4, 2018 at 8:08

    Je me reconnais beaucoup dans ce que tu écris. Le féminisme, le fait d’être casanière… Je serais tentée de te dire de publier ce que tu as envie, laisse ta personnalité et tes envies te guider, il n’y a que ça qui compte !

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