La parole salvatrice, poser un mot sur des comportements.

AVANT PROPOS. Ne voyez pas cet article comme une démonstration de prouesse ou d’égocentrisme accès sur moi même. Il est vrai que je dis « je » à chaque phrase, simplement car graver la page vierge de phrases est pour moi un moyen d’évacuer et de tourner la page, d’être plus apaisée avec moi même. Je le répète mais trouver une activité artistique aide énormément à se sentir mieux en cas de troubles comme je le vis en ce moment. Au lieu de tout garder au fond de la gorge, autant partager à ceux qui sauront prendre ce texte comme d’un élan vers autre chose.

J’ouvre une nouvelle catégorie sur mon blog. Il faudrait que je vous raconte cette histoire, un conte sur une parole salvatrice, un récit sur la différence de fonctionnement qui se trouve dans un mot, un sens, et, grâce à ce sens, une guérison. Enfin… Non. Le « surdoué » trouvera toujours une raison, un argument pour contenter ses doutes et aller plus loin sur le chemin de la profondeur. Qu’est-ce que la profondeur d’ailleurs ? Qu’est-ce que la remise en question ? Qu’est-ce que la pensée arborescente ? Est-ce que c’est bien d’être haut potentiel ? C’est une maladie ? Mais qu’est-ce que j’écris mal ! Voilà, il s’agit d’une parole prise au vol d’une conscience, d’un cataclysme que ma mère a vécu, vit toujours, mais elle va s’en remettre, ce n’est qu’une question de temps ! C’est un unique terme qui m’a certainement sauvé (et remise en question, le monde avec ; tant qu’on y est) en bouleversant mon quotidien et ce que je pensais comme une « nature traumatique résiliente qui a du grandir plus vite que les autres pour affronter un monstre et qu’on lui fiche la paix ». J’ouvre une nouvelle catégorie, celle des personnes alien qui ne comprennent rien à la vie puisque la vie est si complexe, si riche mais si angoissante qu’elle en devient un problème. Ces personnes on les a nommé Hauts Potentiels (mais je déteste cette définition) ou les Tous Seuls, je dirai que ce sont des Caméléons qu’on ne remarque pas forcément sauf pour les plus rigides et les plus drastiques.

J’avais, déjà, un doute, sur le fait que je sois une personne faisant parti de cette catégorie, mais je me pensais débile, inutile, maladroite, incapable. L’année dernière j’ai écumé les articles parlant de ces êtres étranges qui ne possédaient pas la même façon de cogiter que la plupart des êtres humains, en me disant que je me reconnaissais là dedans. J’ai passé trois, quatre jours, à lire le maximum d’information pour me documenter et me forge un avis sur la question. Puis j’ai oublié, de toute façon, l’on me disait que ce n’était pas important, je ne me suis pas écoutée, oui, ce n’était pas important, pour mes proches, et je me suis rassurée en me disant que ce n’était pas important pour moi. Que nenni ! Poser des mots sur un trouble personnel, une cohabitation difficile entre un hôte et un cerveau c’est soigner des questionnements qui peuvent advenir, ouvrir une brèche et mieux se connaître. D’où venait mon décalage avec le reste de mon environnement ? Pourquoi ai-je fermé mon appartement de toute intrusion ? Pourquoi suis-je si silencieuse lorsque l’on me parle des petits soucis quotidiens ? Pourquoi suis-je si émotive ? Je parais si paniquée. Je semble si stressé et bien énervée lorsque le bruit, trop fort, trop violent, vient à taire mes capacités. Pourquoi suis-je si chiante ! Si exigeante ? L’on m’a souvent fait remarqué que mon désir d’idéal pouvait être soigné, que c’était moi la seule coupable de mon exigence absolue, qu’avec un peu d’effort je pourrai être normale. Pourquoi me sens-je enfermée, emprisonnée lorsque je me conforte à un plan ? Pourquoi ne puis-je pas faire comme tous les autres ? C’est à dire, aller d’un point A à un point B. C’est si simple. Mais je ne comprends pas. Quelques indices sur mon décalage me reviennent, des petites paroles certainement innocentes pour ceux qui m’en ont fait la remarque, mais dévastatrices pour ma pauvre âme déjà en prise avec l’univers entier. « Tu es compliquée », « si tu ne veux pas suivre les directives et la méthode du cours alors tu n’as rien à faire ici ! », « Tu ne sais pas dessiner », « ah mais arrête de me parler de ça, la vie ça se prend sans se prendre la tête », « tu es une stressée de la vie , « mais si tu fais correctement ton travail ! ».

J’ai appris à cloisonner comme on me l’avait appris, à refuser ce que je ressentais, j’ai appris à me réaliser à travers toutes formes artistiques, mais jamais, jamais, je me suis acceptée telle que j’étais. Oh, évidemment, pour aider les personnes que j’aime et je chérie, j’ai fais croire que j’étais un roc, j’ai développé des automatismes propres à m’intégrer, à balancer quelques phrases sur le beau temps ou le mauvais temps « tu as vu cette pluie ? » tout en me protégeant dans ma tête, en attendant impatiemment l’heure où je pourrai rentrer chez moi, claquer la porte et trouver un livre qui puisse me stimuler. Je l’avoue, je l’assume, l’ennui est mon ennemi, encore plus quand je suis accompagnée de personne qui n’ont d’autre sujet de conversation que leur repas du soir, leur dossier à rendre… Les répétitions sont mes ennemies, je ne le fais pas exprès, répondre aux mêmes questions m’embêtent, mais je le fais pour ne pas blesser l’autre. Je vais encore avouer quelque chose, je fuis les gens. Ah je n’ai aucune peur de l’isolement et de la solitude, au contraire ! J’adore ma solitude ! Parce qu’entourée je ne sais quoi dire, je ne sais quoi faire, j’écoute, j’analyse mais je m’interdis de discuter de ce qui cloche dans les galères qu’on me confie. J’ai perdu plusieurs amitiés en ne me contrôlant plus et balançant tout ce que j’avais pu voir sur les émotions d’autrui. L’on me critique avec ce défaut que l’on m’accorde, rigide, rigoureuse, même trop rigoureuse, à cheval sur tout, trop sérieuse, trop tout ! Le rien je le nie, j’en ai peur. Extrêmement.

Je déteste ce que j’écris, c’est si moche…

Mais je ne saurai retrouver ma réflexion si je m’arrête. Si je m’arrête c’est pour de bon et ça, je l’ai toujours associé à mon manque de confiance en moi. L’incertitude me définit, certes, car je sais que je ne sais rien et que je ne saurai rien jusqu’à la fin de ma vie. Parce que, lorsque je croise un concept abstrait, je l’épuise jusqu’au bout avant de le remettre en question. De l’associer à toutes mes connaissances, à tout mon cheminement personnel, à toute mes confrontations. Je peux me montrer têtue, obsessionnelle. Et je raconte ça sans jugement, sans crainte de vous le confier puisque j’ai placé un mot sur mon comportement. Le haut potentiel (mais mon dieu, changez ça, ce terme ne convient pas du tout). Depuis trois jours je me plonge dans toute les informations sans trouver de réponses. D’où vient ce truc ? Pourquoi est-ce là un truc qui fascine ? Pourquoi ces personnes dotées de ça sont considérées comme plus avantagées que ceux qui ont moins de connexions neuronales ? Aller, je vais le dire directement, j’ai décidé de prendre la Haute Potentialité comme une maladie. Aller, vous avez le droit de me faire remarquer que je suis d’humeur négative, que c’est super bien ce truc ! Et arrête de te montrer si méprisante et si hautaine, si froide et si ironique. Un surdoué dans la doxa et le sens commun, c’est l’être qui est plus rapide, qui comprend tout, qui a toujours de super notes à l’école, qui excelle dans un domaine artistique, scientifique, mathématique, qui a une mémoire d’éléphant… C’est le robot parfait, qui produit en un temps record tout ce que les autres souhaitent.

Bon, ça a bien évolué, mais je regrette (euphémisme) que la haute potentialité soit un domaine de recherche, comme si, ceux étant diagnostiqués hauts potentiels étaient malades. Malades de quoi ? D’un trop grand cerveau pour ce monde si petit (admirez le cynisme, on dit que cet Alien a un humour décapant). Au final, un Haut Potentiel c’est un peu le cousin de l’autiste, on comprend simplement qu’il y a plus de connexion neuronales, qu’il réfléchit en arborescence (donc qu’il utilise allégrement son cerveau droit), qu’il a plus de mal dans le système classique de l’éducation, qu’on peut le prendre pour quelqu’un de bête puisqu’il reste figé pendant dix minutes devant une assiette en se demandant dans quelle sens l’utiliser, ça fonctionne aussi lorsqu’il ne parvient pas à ouvrir une porte… C’est une ombre, proie de son environnement qui lui envoie des signaux partout, tout le temps. En pleine hésitation, partout, tout le temps. En plein questionnement sur tout, partout, tout le temps. En angoisse continuelle, partout, tout le temps. A ne rien comprendre des codes de la société mais à se sur-adapter quand même en ayant pleinement conscience que les métier qu’il vise, lorsqu’il en aura fait le tour, le lassera d’une manière plus forte que les autres. Il est aussi conscient de son extrême lourdeur, à analyser, partout, tout le temps, à déblatérer pendant des heures sur un sujet qui le passionne, à « critiquer » tous les concepts dont il n’est pas d’accord. Pour un peu qu’il soit si passionné par un sujet, qu’il se montre militant, exigent d’une manière obscure, transcendante, il se mettre à parler, parler, parler, à disserter pendant des jours entiers avec son double… qui n’existe pas. Parce que ce type est aussi voué à l’autre comme il est voué à soi même. Il trouve normal d’aider les gens autour de lui à s’épanouir, il trouve normal de donner plutôt que de se faire payer, il a d’ailleurs un gros problème avec l’argent, il n’en voit pas l’utilité.

Tellement de trucs qui dépendent d’un cerveau ! Et si, cela dépend de notre mode de fonctionnement… est-ce qu’on peut être encore dit être un humain ayant un libre arbitre et ayant l’horizon libre pour progresser ? Si des personnes sont mieux « dotées » que d’autres, que c’est héréditaire et de naissance, n’est-ce pas une inégalité sans nom ?!

S’exprimer et maîtriser des abstractions pour expliquer notre fonctionnement c’est pouvoir avancer pour parvenir à la sérénité. J’ai encore de longues années de vie devant moi (alors que je me sens une vieille de cent ans) pour tenter des choses, pour foncer. Et ce passage de mon expérience m’a aidé, aidé à réaliser que ce n’était pas de ma faute, que ce n’était pas du qu’à mon traumatisme, que j’ai du me protéger et entrer dans ma tête, me métamorphoser en morte pour ne pas attiser le feu d’un dragon. J’ai utilisé mon imagination pour survivre. Je n’ai jamais été dépressive, je n’ai jamais fumé, je ne me suis jamais droguée. Je compte cela dans mes « ressources » et ma « résilience » d’après les doux mots de mes anciens gardiens. Sûrement, il n’y a pas que du négatif à être une personne en décalage et révoltée en permanence, à douter en permanence. A faire des liens et ne jamais cloisonner, à ne pas savoir faire une dissertation avec un plan simple, complexe (et pas compliqué, parce qu’être compliqué c’est chiant), élaboré de la tête au pied. Ce n’est pas grave si je pleurais dans mon lieu de travail, si je suis le silence incarné, si je n’arrive pas à parler du beau et du mauvais temps, si je me montre impatiente, si… Si je suis trop sensible (le mot exact c’est hyper émotive), si je chipote pour des détails. Non. Ce n’est pas grave. A un moment il faudra bien que je m’accepte. D’ailleurs je m’accepte, encore plus aujourd’hui.

1 Comment

  1. Ada

    décembre 10, 2019 at 7:59

    T’inquiètes pas pour l’écriture de ton article, tout va très bien 😉

    Des spécialistes, quand je leur ai posé des questions sur d’autres choses qui pourraient me concerner, ont refusé de développer quoi que ce soit car ils ne veulent pas que je m’enferme dans une case. Ca part d’une bonne intention mais je pense que c’est maladroit. C’est moi qui pose la question, la patiente, pas eux qui m’imposent quoi que ce soit. Ca peut aider à y voir un peu plus clair sur soi-même, à en avoir le coeur net, ça peut être une sorte de soulagement. Tu penses voir quelqu’un pour ce que tu penses ou tu vas en rester à l’auto-diagnostic ? (parfois, il veut peut-être mieux, je ne sais pas…)

    En tout cas, j’aime beaucoup ton article, sa profondeur, ta sincérité. J’admire le fait que tu arrives tellement à détailler ce que tu penses, ce que tu ressens. J’ai parfois du mal…

Leave a Reply

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.