D’avril à Décembre 2019, je m’engage pour la visibilité d’une femme de lettre francophone avec le plus d’inventivité possible. Ceci est une paraphrase du site l’espace des femmes. Pour participer, choisir une femme de lettre, rends-toi au Deuxième texte. Partage avec le #JeLaLis.

Quand une femme se met à écrire un roman elle constate sans cesse qu’elle a envie de changer les valeurs établies – rendre sérieux ce qui semble insignifiant à un homme, rendre quelconque ce qui lui semble important. Et, naturellement, le critique l’en blâmera ; car le critique du sexe opposé sera sincèrement étonné, embarrassé devant cette tentative pour changer l’échelle courante des valeurs ; il verra là non simplement une vue différente mais une vue faible ou banale ou sentimentale, parce qu’elle diffère de la sienne.

Virginia WOOLF, L’art du roman, La femme et le roman.

Tombée sur #JeLaLis sur twitter comme une âme en détresse cherchant une femme à marrainer. Sur ce réseau mon errance se comble des bonnes idées des autres, une quête de sens sans s’arrêter, toutes les heures de mon éveil. Je La Lis, belle sonorité, très poétique, me rappelant peut-être les jeux de mots de Queneau. C’est la langue qui s’amuse à faire des arabesques sur le palais. Si je n’avais pas pris le temps, je pense que je n’aurai su ce qu’était cette initiative féministe (à prendre au sens très large). Faite à plusieurs mains, elle consiste à présenter, à s’ancrer dans l’univers d’une autrice oubliée, déclassée, peut-être jamais célébrée. Une femme dont on a effacé le nom comme il arrive souvent lorsqu’on a pour sexe un vagin. Me sentant de plus en plus femme, de plus en plus consciente de ma condition, j’ai voulu participer, c’est un moyen comme un autre, un petit geste militant. Lorsque plusieurs proches ne comprennent encore les enjeux de la bataille, il me fallait faire quelque chose. Allier la littérature à un acte politique me représente, me parle. Replacer les femmes écrivaines dans un papier visible pour tous c’est amener à se questionner, à voir que les hommes ont participé à spoiler le travail de centaines de femmes. Je ne suis pas misandre mais les femmes ont le droit, également, à une visibilité. Que leurs travaux, leurs talents soient partagé à la population. Car je crois profondément à l’égalité des sexes.

Je m’abreuve de romans, de théâtre, de poésie, d’essais ; tous genres écrits par des femmes et des hommes. Surtout des hommes. Lire un homme ce n’est pas pareil. Je ne saurais dire spécifiquement ce qui diffère dans le travail d’un homme, ce que je ressens lorsque je lis une femme. Je partage l’avi d’Antastesia. Je suis femme moi-même et j’assume d’écrire comme une femme. M’axer sur l’humain, sur les douleurs psychologiques que les femmes endurent par une société patriarcale, sur l’ouverture aux autres. Virginia Woolf dit : “Dans Middlemarch et dans Jane Eyre nous avons conscience non seulement de la présence de l’auteur, comme nous l’avons de Charles Dickens, mais nous avons encore conscience d’une présence de femme – de quelqu’un qui souffre du traitement réservé aux femmes et qui plaide pour leurs droits. Cela apporte dans les écrits de femmes un élément totalement absent des écrits des hommes ; à moins, bien entendu, que l’auteur ne soit par aventure un ouvrier, un noir ou un homme qui, pour quelque raison, a conscience d’être handicapé.” Dans les livres écrits par les hommes, je vois le côté très spirituel, mais spirituel d’une gloire passée, un certain égoïsme lorsqu’il s’agit de personnages principaux masculin, ne se désignant qu’eux et s’appropriant la femme aimée. Peut-être n’ont-ils pas conscience des souffrances de la femme, de son statut d’exclu, de son rôle de ventre. Peut-être y a t-il encore cette vieille pensée que la femme est toujours objet, même si cela devient plus subtile. En ce moment, je m’immerge dans Aphrodite de Pierre Louys, lui voyait les femmes commes des marquises de beauté, simplement l’apparence radieuse du corps, plusieurs fois il surgit dans les paroles des clients dans des termes sexistes, la femme n’est pas intelligente. Elle est là pour être jolie, pour plaire. Physiquement. Mais la femme, tout comme l’homme peut plaire par les mots. Elle aussi peut parler, produire, réaliser de grandes choses ! Marie Curie la scientifique. Simone de Beauvoir la féministe. Hannah Arendt. Elsa Triolet.

C’est d’Elsa que j’aimerai m’exprimer.

Elsa, la compagnonne d’Aragon. De celui à qui elle est liée, ça ne nous regarde pas, d’ailleurs, c’est un automatisme de toujours réunir la femme à l’homme et non l’inverse. Elsa ne doit son succès qu’à elle-même, bien que ses romans puissent se lire en miroir avec ceux de son compagnon. Aujourd’hui, j’ai lu deux livres d’elle, Roses à Crédit et Le Cheval Blanc, l’un que j’ai adoré, l’autre que j’ai apprécié. Je peux même comparer l’ironie virulente, très plaisante lorsqu’elle traite des personnages féminins et une certaine lassitude, une quête de sens lorsqu’elle écrit sur des personnages masculins. De ces deux livres, je peux déjà dire qu’elle mélange les topoïs avec sagesse et maîtrise. Ainsi, c’est d’elle dont j’exploiterai #JeLaLis. C’est avec elle que je galoperai gaiement vers des exercices de littérature comparée, des rédactions de pensée. J’ai envie de saisir, de comprendre, de voir le monde par ses yeux et non plus par les miens. D’ailleurs, madame a une histoire palpitante, a vécu une vie de résistante digne, déjà, d’un roman. De l’amour passionné lorsque j’admire cette photographie d’elle et d’Aragon installés dans leur salon, elle lisait, lui écrivant. J’imagine qu’ils ont dû s’aimer du plus profond de leur être, communiant ensemble leur passion de l’art. Mais je m’attriste.

 Énormément.

 Elsa, dans les préfaces dédiées aux recueils de poèmes d’Aragon, est décrite comme une muse. Pas un mot sur son travail d’autrice. Elle est assimilée à une muse. Encore une fois objet de désir, une inspirante incapable de créer, elle-même, de ses propres mains.

 C’est pourquoi je me consacrerai cette année à plusieurs articles qui lui seront consacrés. Liant également d’autre artistes féminines ayant les mêmes obsessions et les mêmes thèmes.

Je suis fortement persuadée que c’est en écrivant, en dessinant, en créant des monts et des vallées que l’on trouve et que l’on transmet. Ainsi Elsa TRIOLET deviendra-t-elle plus visible et pourrais-je vous donner envie de la découvrir. Ainsi Elsa Triolet m’emmène-t-elle déjà dans des contrées que j’aime et que je ne supporte pas. Le côté négatif se mélange au positif, c’est ainsi que l’on se construit.


One thought on “#JeLaLis”

  1. Ton article est tout à fait vrai et ton intention tout à fait honorable ! (pour Elsa Triolet – que je n’ai jamais lu…)

    En effet, quand c’est une femme qui écrit, je le sens, il y a quelque chose dans le propos, dans ce qu’elle exprime, qui me parle énormément en tant que femme… Ça s’est encore vu avec “Crépuscule du tourment” de Léonora Miano, que je te conseille vivement, surtout que d’autres choses sont abordées, comme le rapport au colonialisme.

    En la lisant, ça ne m’a pas fait le même effet qu’avec un homme. Je ne dis pas qu’un homme ne peut pas m’émouvoir (je pense à Albert Camus), mais il y a une certaine proximité complice que je ne retrouve pas chez eux.

    Il faudrait que je lise Elsa Triolet (j’ai pas lu Aragon non plus, mais bon) : tu conseillerais lequel ? Je sais que Roses à crédit t’a bien plu.

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