Evolution

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On se rend compte de notre évolution dans des moments cherchés et craints tout autant. Des instant où l’on désire s’ancrer plus intensément dans la vie active, de s’intégrer à la société même si, paradoxalement je la critique et la rejette. Cette sensation étrange d’avoir sauté un faussé, dépasser un obstacle, obstacle purement psychologique qui m’empêchait d’avancer. Fin des études ? Je les reprendrai lorsque j’aurai appris sur le terrain, pratiquant dans les zones dites de travail ; alors j’ai postulé, partout afin de me forger une petite place, afin de connaître cette autre planète, celle que l’on appelle la survie, la passion, l’alimentaire.

On fréquente de nouveaux personnages, empotés ou sympathiques, faux ou bienveillants, des hommes, des femmes. Distants, souriants, patients, prévenants. Parfois, une parole, un acte, minime, agit, sur le morale, explose la sensibilité. Y-a-t-il une manière de faire ? Politesse et soumission. Respect et jeu. Persona aura ta face ! Il n’est plus question de s’individuer ; tu signes un CDD ou un CDI lorsque tu as plus de chance, il est temps de t’intégrer ! Dans le contrat, en lettre capitale, des clauses, règlement intérieur, hiérarchie, compétences, ton rôle dans cette pyramide. Centre social ou bureaux capitaliste, il s’agit de forcer sur la productivité, la préséance, le bien vivre. Une nouvelle planète s’ouvre sur une organisation pyramidale, les plus hauts enfermés constamment dans leur bureau, les plus jeunes testés, observés. J’ai foulé du pied la ligne qui me séparait du travail, des heures comptées, de l’entrée d’argent sur le compte bancaire, des économies et des rêves de voyage.

La peur me bloquait, me paralysait, l’angoisse me pétrifiait. Je tâtonnais du bout de mes doits indécis, en manque de confiance en moi, d’estime. J’expérimentais, maladroitement. Timidement, j’inscrivais des brides de réflexions sur de nombreux carnets n’arrivant pas à me fixer sur un en particulier. Je ne souhaitais pas en terminer, finir les pages, noircies jusqu’à la lie ; signe d’abandon, de mort, Thanos, narquois dans son costume de thanatopracteur, l’ombre surgissait et j’achetais. J’ai ces couvertures moleskines dans mes placards, mes étagères, je ne les utilise pas, devant m’habituer à ce nouveau rythme bientôt changé j’espère pour un meilleur contrat. Les idées se tassent dans ma caboche, une envie invisible de créer, d’inventer, de me trouver, de m’exprimer, de s’envoler, par l’écriture, le dessin, la peinture. Malheureusement, je rentre lessivée le soir, je m’affale sur mon lit, à peine le temps de profiter d’une immersion de l’eau, à la piscine, trop de monde ! Alors je fuis, j’évite, je me dis, je n’ai rien à dire. Les visages des enfants m’apparaissent, leur sourire, leur routine. M’enfermé-je dans une tournure de TER, boulot, dodo ?

Dans mes pages vierges, je pense, je rêve, je théorise, j’invente, j’élabore, je construis, j’anticipe. Tout ça en même temps, rarement, parfois, souvent. Marquer, appréhender le monde dans lequel j’habite et j’erre. Je slalome entre les effets pratiques de la vie active, nouveauté amusante, l’argent devient une préoccupation nouvelle. Bonheur de trouver mon compte en banque (numérique) rempli de quelques chiffre me permettant d’entrer dans la ronde des consommateurs et faisant plaisir aux capitalistes. Paradoxe d’une révolte au cœur dont je ne cesse d’entretenir et d’arroser ; l’argent ne fait pas le bonheur, il en est pourtant garant. Tout s’achète, se marchande, le loisir devient des billets de banques pour profiter d’un week-end, loin de la maisonnée. Je ne dépense plus, amusée par ces quelques chiffres montrés sur mon écran d’ordinateur ; parfois, boulimique j’empoigne des trésors de livres pour le plaisir indépendant. Je peux m’accorder des plaisirs ! Moi, femme, sans l’aide financière d’un homme.

Un grain de sable se faufile, écrase la maigre estime que je me permets, pareille à Demelza, la jolie femme de Poldark, je creuse un tombeau d’incertitudes quant à mes compétences professionnelles. Un master ne me sert-il à rien ? Certification niveau II, car je n’ai pas réussi à aller au-delà de ma dernière année, celle me désignant comme une étudiante ayant un bac +5, j’ai stoppé, coupé, foulé ma cinquième année, aventure d’autant plus difficile qu’il me fallait supporter la honte d’avoir échoué au CAPES. Cette idée me ronge, si, seulement si, si j’avais réussi. A défaut, je me noie dans un lac de désirs de tranquillité, je pars, armée de mes armes volontaires, en quête du fameux CDI qui me rendra paisible. Des regrets ? Des questionnements. Je les annihile à coup de patience, de préparation pour mon nouveau concours, CRPE cette fois-ci, ayant découvert mon gout pour transmettre aux plus petits. Plongée dans mes manuels, à l’aveugle, autodidacte, n’y croyant peu, la phrase bat le rythme du cœur, tente et tu verras, si tu ne tentes pas, tu ne peux savoir. Ces heures, courbée sur le bureau, ma main écrivant des fiches, les réviser chaque soir, me sortent des doutes, de ce marasme purulent d’un avenir professionnel flou.

Que veux-je faire ? Est-ce un rêve à réaliser d’aider les enfants en difficulté ou est-ce une tentation, un retour vers le passé, une rédemption, un changement ? Je remarque dans mes romans en cours les mêmes thèmes, les obsessions de certaines douleurs, peines, que je fragmente et égare dans une couche d’or et de beauté. Beauté malsaine. Ces êtres innocents, naissant, des enfants. Une fille enfant, présente, personnage principale. Ce rêve gardé dans les ténèbres de mon corps, de mon âme, écrire, surpasser les angoisses, la culpabilité, la honte, la décrépitude de ces mots poignards, cette incapacité à me trouver capable de mener à finition un projet d’écritures, d’images. J’aimerai que mon métier dans l’éducation et le professorat se joigne à mes songes d’adolescente, d’adulte maintenant. Si j’ai décidé de travailler parmi les enfants, c’est pour percer le mystère de la vie, de, toujours, offrir des moyens de fabriquer son sens à l’existence.

3 Comments

  1. Ada septembre 30, 2018

    Superbe analyse personnelle. Je te sens bien plus sereine, ça fait plaisir 🙂

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  2. Lison septembre 30, 2018

    Ton article est vraiment percutant. Mais merci d’avoir partagé tes réflexions sur ta propre vie et ton état d’esprit, je pense qu’elles peuvent être utiles pour beaucoup de personnes. J’espère que tu t’épanouiras, que tu prendras finalement le temps d’exercer ta passion pour le dessin, la peinture, l’écriture et que tu trouveras toujours du sens dans ton métier. Travailler dans l’éducation est, j’imagine, très enrichissant et justement très porteur de sens. Je ne suis au contact des enfants qu’un mois dans l’année et j’y prends beaucoup de plaisir, je suis toujours étonnée de voir à quel point les enfants peuvent développer une conscience individuelle sur certains sujets très tôt et à quel point ils reflètent la société.

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    • celestialmusae octobre 28, 2018

      Merci beaucoup pour ce commentaire (auquel je réponds assez tard) ! Les enfants sont une partie de ma vie même si je n’en veux pas moi-même, tout ce que je souhaite c’est de leur transmettre des valeurs leur permettant de bien vivre et de faire évoluer la société dans le bon sens. Tu travailles dans l’animation toi aussi ?

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