De quoi parle-t-on ? Réflexion

Encore, je n’ai pas réussi à garder le rythme de publication que je m’étais fixé ; un article par semaine me semblait possible, à la vue de mes résultats j’ai l’impression que c’est une montagne à surmonter. Pourquoi me suis-je alors demandé ? Je cherche des modèles pour me rassurer, des formes et des styles qui ne me conviennent pas et auxquels je me raccroche pour jouer du masque. Malheureusement, ces références me bloquent plutôt qu’elles m’instruisent et m’inspirent. Faire un plan, abuser de mots clés à la mode pour être référencée, adopter une posture professionnelle, chercher des idées d’articles qui marchent mais dont je ne conçois aucun intérêt, faire de belles photographies (oui parce que la beauté me sauve), planifier, organiser, se dire que ça serait tel jour à telle heure. Atteindre la perfection de l’usine et oublier son intériorité, éteindre la flamme de la passion pour apporter aux autres une énième machine à consommer.

C’est ce que je ressens et c’est ce qui me bloque. Je me bloque moi même en réalité, je ne vais pas me leurrer. Je m’impose des objectifs dans ma vie personnelle qui ne répondent aucunement à mes aspirations de femme et d’être individuel, inconsciemment, j’aimerai me fondre dans la masse, disparaître en elle, ne plus m’inquiéter, me dévaluer, me haïr pour ce que je suis et faire réapparaître les ordures de mots que l’on a placé dans mon âme atrophiée. J’essaie de la réparer, ce n’est pas évident. C’est moins évident, encore, lorsque l’on devient son propre bourreau. Je me bloque, aussi, beaucoup, énormément, j’ai besoin de faire des pauses, de fuir ce que j’écris, de prendre de la distance. Je me dissocie, simplement pour supporter mes défauts. Non. Pour me supporter moi. Oh je ne me déteste pas ! Avant si. Maintenant j’ai réussi à m’adopter. Un peu.

J’ai besoin de temps pour réfléchir et mûrir mes innombrables pensées qui tourbillonnent et dont je ne stoppe pas le flux. Un flot de pensées qui se déverse lorsque je me réveille jusqu’à ce que je m’endorme. J’écris dans mes carnets, prend la plume, gratte le papier, me concentre, reste parfois deux ou trois minutes absorbée sur la feuille blanche. J’apprécie ces moments de silence, ces instants de pétrification où le corps se tend, certainement retenu par une multitude de danseuses effrénées, des mots qui valsent et que j’oublie. Ma tête est un mouvement de parade, mon corps une colonne de pierre, raide et blessée. Comme l’idéal qui me détruit plutôt que de me motiver. A quoi ça sert ? De s’imposer des valeurs qui ne brillent pas, qui ne chatoient pas. A quoi bon s’imposer des futurs tâches si celles-ci ne correspondent à rien, muettes et intransigeantes, juste des tâches de sel sur un buvard, une décoration hideuse.

Écrire ! Écris !

Écris pour les autres.

Et crie pour tous tes maux.

Juge toi.

C’est le meilleur moyen d’appeler ton surmoi.

Il te dira alors que tu n’es rien.

Mon blog se voulait des articles intellectuels, avec des analyses percutantes, dignes d’articles universitaires. Mais quelle connerie ! Déjà j’ai quitté l’université car je lui en voulais, perdue entre le sommet de leur élitisme et leurs contradictions d’érudits. Tu sais que tu ne sais rien. Je me le répète souvent. A quoi sert-il de s’abuser dans ses illusions pour gagner une fierté vaine, celle de se dire ah oui, j’ai rédigé un article digne des plus grands ! Je ne me sens pas grande, je ne suis pas grande. D’ailleurs, qu’est-ce que ça veut dire ? Bernard Pivot est-il grand ? Raphael Enthoven est-il grand ? Toutes les personnes médiatisées sont elles grandes ? Leurs paroles ont elles une source divine, cachée dans leur geste ? Non. Ils ont juste appris. Non. Ce sont des images. Des images se bousculant sur l’écran pâle d’un ordinateur ou d’une télévision.

Je ne me cherchais pas, je sais qui je suis, je fais croire que je l’assume, oui, devant les autres, j’assume mes critiques parfois méchantes, très cruelles, très dures. Je m’excuse quand je vois l’expression de mes proches. Je ne m’en rend pas compte. Mais qu’ils soient rassurés, ces mots, je me les porte aussi à moi même. Cette exigence assommante, impavide, énervante, débile, je me la destine. Le mieux est l’ennemi du bien, mais, ce que je désirai c’était le mieux, atteindre les cieux de Dieu plutôt que de m’écraser sur le macadam sale de toutes ces idioties. L’un prêche une idée, l’autre dira le contraire, ça en devient une guerre. Personne ne s’écoute. Et tout le monde hurle pour s’approprier soi même.

Oui j’ai envie d’écrire des milliers d’articles, parler du monde par le biais de la littérature car elle m’a sauvé la vie, car elle me permet de m’évader loin de société qui m’oppresse. Je n’osais pas, je ne voulais pas. Partager mes réflexions. Par égoïsme. Par peur. Par crainte du jugement des autres, mais surtout du mien. Par ces doutes qui m’assaillent dès que je place le dernier mot, par ces questions négatives qui me rendent colérique et triste, délivrent une envie de tout déchirer, de ne pas terminer. Ce sont les doutes qui empêchent ma concentration, mes espérances, mes ambitions. Car je désire pleinement partager et utiliser les réseaux pour créer une synergie, pour appeler le partage gratuit et les joies de la culture. Nourrir son soi pour vivre en toute conscience.

Tant pis.

J’écrirai sans plan.

J’écrirai avec mes doigts qui me guideront.

Découvrirai mes phrases comme une lectrice.

La surprise de ces quelques mots.

3 Comments

  1. Ada

    décembre 1, 2019 at 3:44

    Super article ! Je trouve que tu y exprimes très bien ce que tu ressens.

    Concernant le fait d’écrire des articles “à la mode”, je me demande si les gens ne ressentent pas que tu te forces. Exemple : j’avais été taguée pour un 2ème Liebster Award, je l’ai fait mais… j’étais moins emballée et visiblement, ça a dû se sentir, les lecteurs de mon blog ont dû voir que ça ne correspondait plus tellement à mon blog, ce genre d’articles, même si je les faisais régulièrement au début. Comment je le sais ? Il y a eu moins de visites, moins de commentaires. A partir de là, forcément…

    Je ne pense pas que tes articles aient besoin d’être des analyses intellectuelles comme tu dis. Je vois ce que tu souhaitais mais ça me va très bien que ce ne soit pas comme ça (égoïsme++). Dans le sens où je trouve tes articles pertinents sans ce genre d’analyses surfaites et survendues, tu as la tienne propre et elle est très bien, sans compter que ton écriture est sublime. De plus, contrairement à d’autres, on ressent tes émotions x1000 et en ça, c’est aussi une analyse, elle utilise juste un autre moyen. (si un rationaliste passe par là, il va me tuer…)

    On est différentes dans notre façon de choisir nos lectures, d’exprimer notre opinion, mais perso, tes articles me fascinent, c’est un autre monde, un très beau monde, et ça me fait découvrir des lectures que je n’aurais jamais envisagé, ou dont je n’aurais jamais entendu parler. Donc ne t’inquiètes pas, on a toutes les deux à bosser sur notre confiance en nous mais s’il y a très clairement quelqu’un qui n’a pas à douter de ses capacités, c’est toi. Mais ça permet aussi quelque chose, le doute, c’est de t’améliorer, et depuis que je te connais à travers tes blogs, tu ne fais que ça. Bravo, d’autres n’en seraient pas capables.

  2. Magali

    décembre 2, 2019 at 4:22

    Hello,
    Je ne sais pas si c’est de nature à te rassurer, mais tu sais: je pense que ce qui plaît aux gens qui te lisent, en tout cas ce qui me plaît à moi, c’est précisément que tu ne fasse pas comme les autres. Si tu souhaites que tes articles soient beaucoup plus analytiques et académiques, c’est une chose; mais je ne pense pas du tout que ce soit nécessaire pour apporter quelque chose aux gens. Des analyses, il y en a à foison. Toi, je te perçois plus comme quelqu’un qui est dans l’émotion, dans une sorte de recherche littéraire aussi qui s’exprime en parlant des oeuvres d’autrui, et ça c’est quelque chose d’unique, une façon de voir qu’on ne trouvera pas ailleurs et qui peut permettre d’éclairer une oeuvre autrement que par le prisme purement rationnel.
    Et quant à surfer sur la tendance, à te placer dans une posture et à faire des choix plus susceptibles de drainer les foules, via Google ou autre: là aussi, je pense que si c’est au prix de ton authenticité, de tes aspirations profondes, ça ne pourrait pas marcher de toute façon. Tu finirais par attirer du monde, mais peut-être des personnes avec qui tu ne serais pas au fond vraiment sur la même longueur d’onde, et cela ne susciterait tout de même pas un partage sincère. Donc si j’avais un conseil à te donner, ce serait juste: reste toi-même. C’est comme ça qu’on t’apprécie, et sur le long terme, aucune autre voie n’est réellement tenable…

  3. Marie

    décembre 4, 2019 at 8:29

    Ta réflexion me touche, forcément. Tu sembles passer par ce goulot d’étranglement auquel nombre de blogs n’ont pas résisté. La tentation de faire comme les autres est prégnante, parce que c’est ce que valorisent les réseaux (sociaux et autres). On aime ce que l’on connaît déjà, en général ; cela nous rassure. Les formes plus originales et spontanées de partage ont néanmoins toute leur place dans ce que je nomme affectueusement le « Neverwhere ». C’est-à-dire cette autre blogosphère, ce par-delà-le-miroir sans tain.

    Cela n’a rien de choquant de revoir de temps en temps les objectifs que l’on s’était fixés (si objectifs il y avait), et de faire un point. Je trouve ça très positif et encourageant, moi, de retirer les couches superflues et de tendre vers une sincérité que l’on ne soupçonnait pas.

    L’essentiel, c’est de faire ce qui TE fait plaisir et qui t’inspire, sans te justifier. Le reste viendra tout seul. 🙂

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