S’en aller (II)

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Elle pourchasse le vent, entre ses paumes serrées sur la lanière de son sac les vertiges d’une liberté sylphide, son écharpe à son cou meurtri, les marques de la déchirure, des traces, ces formes sanglantes de phalanges masculines, de gros doigts dominants. Elle l’a rencontré dans ce café, celui-là même où elle aimait à raconter des histoires par l’archet et le violon, où elle aimait ces sourires, ces airs ravis, conquis, ces agates amoureuses, apaisées par la mélodie, ces rares larmes si vite essuyées pour cacher la sensibilité. Il l’avait trouvé. Un soir alors qu’elle rangeait son adoré dans son écrin de velours, cette nuit opaque de décembre où les flocons chutaient sur le bitume manucuré. Il avait la gueule cassée des malfrats solitaire. Etrangement, des orbes dévoués mais possessives, des lèvres charnues. Et sa voix ! Grave. Rassurante. Elle se noyait dans les régals de sa sonorité. Il lui dit qu’elle lui avait sauvé la vie. Qu’il habitait à l’étage supérieur, de sa fenêtre ouverte sur la vie de ces autres elle lui avait offert un second souffle. Il lui dit qu’elle avait le talent des virtuoses, non de ces imitateurs jouant pour amasser mais l’âme d’une vierge à l’agonie. Que sa fragilité l’avait chamboulé, suffoquant d’une pureté à connaître. Timide l’enfant, elle n’avait rien répondu. Elle avait rougi comme ces personnages féminins, évanescents et ne servant qu’une histoire d’amour pour les spectatrices en manque de songes élogieux. Elle avait fixé son visage de titan, incroyable. Et son corps effrayant, ce charisme démoniaque. Elle avait voulu s’enfuir, biche effarouchée à l’affut du danger. Car elle ressentait ce désir, puissant, viril, ce désir suintant de la peau de l’inconnu mécréant. Il lui avait demandé son numéro et elle bégaya, maladroite. Je n’ai pas de portable. Surpris. Il ne la croyait pas. Et la douce, la fragile s’excusa, c’est vrai toutes ses connaissances la jugeaient sur ce sujet, ils se moquaient d’elle gentiment. Ce n’est pas mon fort la technologie. Les mots sortaient murmurés, une intimité dont elle n’avait pas conscience. Je dois partir. Mais tu reviendras n’est-ce pas ? Oui. Oui je reviens toujours.