La lectrice intérieur

Les classiques, en TAG

Pour faire renaître l’écriture sur mon blog, que j’ai un peu délaissé depuis quelques mois, entre ma pratique artistique, ma préparation au concours et la rédaction de mon roman, j’ai décidé de revenir telle une caresse douce pour vous parler de mon rapport aux classiques. Tendres bouquins millénaires s’étant incrustés dans le panthéon de notre culture, je n’élude pas que ces classiques possèdent tout de même une aura de terreur parfois pour les lecteurs.

    J’avoue : je n’ai pas pris gout aux classiques par le biais de l’école mais par une amitié maintenant envolée qui m’aura beaucoup apporté. Il y a une griserie assez intense quand l’on observe près de nous une personne chère qui nous transmet sa passion, encore plus quand la passion ne disparait pas mais s’ancre en nous. On a alors la certitude que celle-ci ne disparaitra jamais. C’est ce qui se passe pour moi et les classiques. J’ai toujours vécu avez et continuerai, car, en plus de se situer et de documenter des ères anciennes, elles sont sources de millions de sens. Lire un classique c’est s’approprier sa vie et réfléchir sur tous les questionnements qui nous hantent pour grandir.


    Mon classique préféré

     Il fut un temps j’aurai répondu, tout de go, Lolita de Nabokov, j’entretiens avec cette histoire un lien particulièrement malsain. Aujourd’hui, étant plus apaisée, plus confiante, je n’hésite plus et fonce. Jane Eyre de Charlotte Brontë est pour moi le monument de ma littérature psychique. Ecrit par une femme, raconté par une femme, ce n’est pas seulement un roman d’amour qui s’explique dans les lignes, qui se fait voir avec délicatesse mélangé au gothisme, il y a une sincérité sidérante, une mise à nue universelle, Jane, femme d’entre les femme, jeune qui plus est se fait la voix de notre condition. Toujours cette touche d’ironie sensible sur ses lèvres, c’est la force courage d’affronter avec politesse en sachant tout de même quelle est sa place, en la critiquant cependant avec fougue passionnelle. Annie Ernaux disait qu’en découvrant Jane Eyre c’était se découvrir soit même. Je suis Jane Eyre.


    Un classique que je n’ai pas aimé

     Les Faux Monnayeurs d’André Gide, certainement parce que j’étais jeune, que je devais le lire pour ma terminale, que je n’avais absolument pas compris les enjeux de ce roman, de cette mise en abime pourtant qui m’intéresse si cruellement. Il m’a laissé un gout de frustration telle une porte obstinément close qui ne laisserait pas le lecteur découvrir ses mystères. C’était trop perturbant pour moi, je l’ai lu jusqu’au bout sans précisions maintenant du récit simplement un sentiment prégnant d’impossibilité à voyager dans la proposition.


    Mon personnage de roman classique préféré

    Effroyablement fascinée par Mr Rochester (suivons une certaine logique), ce personnage m’attire, me fascine, me répugne, m’inspire. Puisque Jane Eyre est sensée être moi-même, j’aspire également à trouver l’âme qui me correspondra (en sachant pertinemment que je la fuirai si nécessaire). Il a ce côté si charmant, si vertueux tandis que, sous la lune, il se révèle un Lucifer dominant envers les femmes, les idéalisant ou les brisant (qu’on ne vienne pas me dire que Bertha était folle, elle était juste en avance sur son temps, or, son comportement ne plaisait pas à Rochester). Sa relation avec Jane me rend fébrile d’admiration, une dualité attirance-aversion se lie dans mes veines lorsque je m’absorbe pour la énième fois avec plaisir dans la lecture de toutes leurs scènes.

    Esmeralda (bien qu’elle soit par trop idéalisée, trop pure, trop parfaite), archétype de la vierge enfant (elle a 14 ans je vous rappelle), personnage sublime, féminin, tellement douce qu’elle me fait trembler de tendresse. J’ai envie de l’apaiser, de lui apprendre la vie, de la rendre plus flamboyante encore. Matière brute à modeler.


    Mon courant littéraire favori

    J’aimerai me faire l’héritière du romantisme, c’est le mouvement que j’affectionne, parce qu’il me correspond totalement, parce qu’il pénètre dans mes pensées et résonne dans toutes mes pratiques artistiques. J’admire les peintures de Delacroix comme je tombe en pâmoison devant La confession d’un enfant du siècle de Musset, je reste subjuguée lorsque je contemple des encres de Victor Hugo et que je m’abime dans ses poésies et ses romans. Le romantisme c’est le mouvement parfait, qui continuera à me procurer une palette de toutes émotions.


    La lacune littéraire dont j’ai honte

    Que nenni ! Je n’ai d’honte à n’avoir ! Je comprendrais encore si je faisais des études de lettres afin de devenir professeur de lettre, ce n’est pas le cas. Je vais répondre à côté ; il n’y a pas de honte quand on parle lecture, qui plus est lecture de plaisir, pour soi, pas pour les autres. Si je ne connais pas un mouvement de l’histoire de la littérature j’ai tout mon temps pour la découvrir, pour juger, pour évaluer si celui-ci fait écho à quelques lambeaux de mon inconscient, s’il m’inspire ou, si, au contraire, il m’horripile. Car à la honte s’ajoute cette infériorité, cette sensation de se trouver devant un monument trop grand, trop imposant et de rester en retrait.

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La naissance de Venus, Botticelli, 1484-1485


    Les 5 classiques que je veux lire très bientôt

    Cette question où il faut prédire le temps, donner des titres que l’on ne sera pas sûr de déguster dans les mois suivants. J’ai l’habitude de faire des montagnes de PAL, de les laisser pendant des années. Comme je l’avais dit, ma PAL est vie une existence autonome, c’est selon mes humeurs. Ceux qui me tentent sont pléthore, je m’en vais fouiller ma bibliothèque pour apercevoir ceux qui brillent le plus.

    La Peste de Camus : il y a quelques années, j’avais découvert dans un sursaut de cœur le fabuleux Etranger. Un choc émotionnel doublé la responsabilité de comprendre l’absurdité du monde. J’ai continué mes recherches avec lui en lisant le Mythe de Sisyphe (je ne le remercierai jamais assez car cet essai m’aura aidé à me positionner sur mes pratiques artistiques, à mieux entrevoir mes dessins tourmentés, à concevoir l’art comme une survie, une porte vers la transcendance). J’ai décidé de poursuivre mon chemin avec lui en dévorant La Peste, bien au chaud dans ma PAL.

    Mémoire d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir. C’est une relecture. Je me souviens vaguement des propos qui ne m’avaient pas touché à l’époque, encore si naïve et enfermée dans mes croyances labyrinthiques. Aujourd’hui, je me sens prête à le redécouvrir car, je le sais, il a énormément de choses à m’apporter. Cette autrice étant une femme que j’admire énormément, féministe, intellectuelle, inspirante, j’ai envie de me lier à ses œuvres pour nourrir les miennes. Pour, un jour, déclamer haut et fort que je fais partie de sa descendance de sa pensée.

    L’art de la joie de Goliarda Sapienza. Déjà parce que ma mère me l’a tendrement procuré pour mon anniversaire l’année dernière, ensuite parce que Histoires Vermoulues le cite à chaque fois dans ses articles. Je me dis qu’il a dû marquer au point de le citer tout le temps. Il y a de ces livres qui ne nous quittent pas, qui s’ancrent profondément au cœur et qui nous permettent de grandir.

    Le Paradis Perdu de Milton. Après avoir lu des articles d’analyse sur le personnage de Kylo Ren, après avoir découvert qu’il se plaçait dans une stylistique, une tradition d’u romantisme noir, après avoir lu la comparaison de tous ces classiques ayant apporté une profondeur extraordinaire au personnage de Star Wars, avant de me jeter sur tous les recueils de poésie à ma librairie, je sens que l’expérience sera phénoménale.

    La Divine Comédie de Dante. Pour son aura suprême, religieuse. Pour sa vieillesse, pour ses descriptions de l’enfer, pour les peintures, pour mon amour de l’art mystique.

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Picnic at Hanging Rock, Peter Weir, 1977


    Mon adaptation ciné / TV préférée

    Picnic at Hanging Rock de Peter Weir. Je l’avoue, je l’ai visionné hier ! J’étais convaincue d’adorer la sublime version de Jane Eyre de 2011 brillamment interpréter par Mia Wasikowska aux côtés de Michael Fassbender dans le rôle de Rochester (je ne me lasse aucunement de passer, de repasser les scènes épiques d’amour, cette alchimie mélodieuse dans les gestes pudiques), il a été détrôné par ce film métaphysique, cette adaptation de Picnic At Hanging Rock. Déjà, le livre est affolant par tant de beauté, de délicatesse et, dans le raffinement plaisant, une odeur acre de malsain. Le réalisateur compose ses images, son montage tel un orfèvre. Des tas de références à la peinture de la renaissance, aux contes de fées puis aux films d’horreurs. Et la musique, une flute de Pan transportant chaque spectateur dans cette réalité invisible du noumène.


    L’adaptation ciné / TV que je n’ai pas aimée

    Aucun titre ne me vient à l’esprit. Je suis navrée.


    Mes éditions préférées à collectionner

    Sans aucune hésitation : Folio/Gallimard. Une maison, certes, un peu élitiste, mais représentant les valeurs de la littérature, de ce qu’elle peut transmettre à chaque homme. Pour une raison un peu plus esthétique (non pas superficielle) la mise en page aérée, la police d’écriture, les préfaces, les couvertures me semblent liées au contenu de l’histoire.


    Un classique trop peu connu que je veux recommander

    Les années d’Annie Ernaux, ce n’est pas un roman, il n’est pas façonné comme tel ; le texte alterne deux regards, celui de l’enfant se mêlant à l’adulte qu’elle est devenue. Elle entrelace deux temporalités, celle de la nostalgie et d’une critique ardente. Grace à ce récit je peux enfin dire : « c’est le livre que j’aurai aimé écrire ».

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3 Comments

  • Reply Ada avril 29, 2018 at 5:20

    Super intéressant ! J’avoue que si Bertha m’avait un peu intriguée dans Jane Eyre, je n’y ai pas forcément donné toutes les réflexions que j’aurais dû. Ca me donne envie de le relire ! (et de retrouver Rochester… ahem, pardon)

    Je suis ravie que tu veuilles découvrir La Peste de Camus, mais je crois que c’est la non-surprise de ce commentaire, aha. Il est plus positif que L’Etranger pour le coup. Je ne savais pas que t’as lu Le mythe de Sisyphe !

    Je n’y connais rien en courant littéraire… Ca et les questions sur les adaptations cinématographiques me coinceraient pour répondre à ce TAG.

    Et je suis très contente de voir qu’on est sur la même longueur d’ondes concernant Les années d’Annie Ernaux ! Je m’étais dit la même chose que toi en le lisant : j’aurais bien aimé avoir écrit ce livre ! Tant de nostalgie et de lucidité parfaitement maniées, forcément, je suis admiratrice.

  • Reply Pauline mai 3, 2018 at 7:15

    Très contente de lire tes réponses à ce TAG !

    Et je m’étais fait la même réflexion que toi en lisant Jane Eyre, la mise à l’écart de Bertha m’avait mise très mal à l’aise et attristée, du coup j’ai du mal avec Rochester même si c’est un personnage passionnant.
    Le romantisme te correspond tellement, en genre littéraire ! C’est également un courant artistique que j’aime beaucoup et dans lequel je reviens toujours avec plaisir.
    Amen pour la non-honte !

    Il faudrait aussi que je relise les mémoires d’une jeune fille rangée, je l’ai lu au collège mais ma sensibilité féministe s’est… décuplée depuis, va-t-on dire.
    Haha, je me sens un peu honteuse d’avoir fait du forcing comme ça pour l’Art de la joie… et en même temps si ça permet de le faire découvrir, aucun regrets ! Et puis si jamais tu n’aimes pas, ça nous fera de quoi discuter 🙂 (je repréviens au passage, les premiers chapitres sont très, très durs).
    J’avais entamé la Divine Comédie sur liseuse avant de l’arrêter complètement parce que la poésie est vraiment un des genre qui se prête le plus à la lecture papier à mon avis… il faudrait que je m’y remette.

    Je note Picnic at Hanging Rock, je ne le connaissais pas du tout !
    Et je dois absolument lire Annie Ernaux, entre toi, Ada et mes autres copines lectrices qui la conseillent toutes je ne sais pas ce que j’attends.

    Merci pour ce chouette article !

    • Reply AMBROISIE mai 3, 2018 at 7:32

      Bertha, je l’aime énormément en réalité, c’est un des personnages féminins le plus fascinants de la littérature. Bien qu’elle soit dépeinte en grande folle. Du coup je pense écrire un article sur elle quand j’aurai médité la question…

      Mon prof m’a surnommé de psycho-romantique xD et à chaque fois il me conseille des livres en rapport avec cette période, du coup mon porte monnaie en prend un coup mais là je vais me plonger dans Manuscrit trouvé à Saragosse que je ne connaissais absolument pas : o

      T’as pas du tout à te sentir honteuse d’aimer un livre si fort au contraire, tu dois te sentir fière : o Surtout que je compte bien le lire ce mois-ci ! Voilà, c’est dit, et je dis même que j’en écrirai un article après celui du viol de Ginny qui traîne depuis six mois dans mes brouillons -_-

      Je pense que Picnic at Hanging Rock te séduira autant que moi si tu aimes les belles descriptions lyriques et le féminisme… Alors c’est très ambigu mais pour moi c’est une oeuvre féministe bien que cette oeuvre apprenne aussi la frustration (donc la vie si on part dans cette logique). Et le film est formidable aussi, les compositions d’images sont absolument magnifiques puis la flute de pan… Je suis conquise de bout en bout.

      Mais c’est avec plaisir (d’ailleurs je t’ai laissé un petit mot sur insta)

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