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Les séléctions

Les séléctions

Entre ciel et terre

En pleine réflexion sur moi-même, cherchant à me retrouver, me débattant avec des problèmes existentiels et une conscience en décalage avec mes expériences sensibles, je balance une bouteille à la mer (sur le blog du coup) en vous proposant cette sélection traînant dans mes brouillons depuis quelques mois. N’ayant pas eu le courage d’écrire, un blocage, une peur hargneuse, vive, vicieuse dans le coeur, j’ai décidé de la prendre par les cornes et de la jeter au loin. Alors l’acte d’écrire grossit pour devenir un mont Olympe qu’il faut savoir dominer. Petit à petit, j’essaie de la surmonter cette peur de l’incapacité à produire de la qualité (à défaut de quantité), à pouvoir transmettre des émotions, des sensations, de la pensée, à pouvoir partager ce qui galopent dans ma tête, à verser ma colère, ma joie, ma peine, mes doutes pour entendre un écho peut-être chez d’autre. Alors je me suis immergée dans la contemplation, je me suis accordée un temps de pause, pour découvrir, apaisée, ces trois œuvres sublimes, recelant une part de merveille et même de mysticisme.


ENTRE CIEL ET TERRE de Jon Kalman Stefansson

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Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et Terre, 2010

Après la lecture d’une chronique du roman Entre Ciel et Terre, livre vu plusieurs fois si ce n’est quotidiennement sur les tables de ma librairie favorite, j’ai décidé de sauter le pas, de me disposer à m’immerger dans ces phrases dont les citations déjà me chamboulaient le cœur. L’Islande ou la Norvège ou le Danemark, trois pays du nord, là où la volupté de la glace résonne dans les veines, les gèlent mais les ramènent à une transcendance divine. Parce que j’aime quand ça exulte mes sentiments, là, masqués sous une couche de raison, sous une tonne de stress, sous une cathédrale de règles et de conventions que j’exècre.

Surprise par le système narratif, un chœur de voix sublimes. Ce sont les morts parlant pour les vivants. La frontière entre la chair et l’intelligible s’écarte, s’éclate par les paroles chantées, par les rares reproches faits à ce personnage, cet enfant de rien, un pêcheur débutant bravant les vagues du danger, dans ces flots amers. C’est la force de l’inconnu, de cette mort rôdant partout autour de ces âmes se dépeçant pour un peu d’argent, de quoi survivre. Les dialogues entremêlés dans les descriptions paraissent un cortège portant le spectateur (non pas le lecteur)  dans un au-delà, tangible mais intangible, une matière de sons, de lumière.

L’amour que je porte à ce livre m’a convaincu d’entreprendre un nouveau texte, d’écrire des phrases pareilles que son système narratif, des éclats de pensées, une manière de voir le monde. De l’apercevoir dans sa beauté absolue plutôt que dans sa laideur affolante. Ici, on prend le temps de déguster les phrases, enroulée dans un plaid, près de la chaleur artificielle d’un radiateur, on oublie pour fouler de nos yeux l’univers. Il m’a donné envie d’écrire, de peindre et rendre plus beau ces moments de rien, ces instants du quotidien que l’on méprise souvent. Après tout, qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que les jours sinon une continuité de secondes, de minutes, d’heures créant des sentiments, des émotions qu’il faut savoir apprécier pour exister.


OCEAN MER d’ALESSANDRO BARICCO

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Alessandro Barico, Océan Mer,

J’en parle si souvent, je me passionne si fréquemment pour cet ouvrage, que dis-je, ce réceptacle à grandir, à se chercher, à se pardonner. A aimer la vie. Non au sens manichéen du terme mais à apprécier ses couleurs tantôt pâles, tantôt pétantes. Comme Entre Ciel et Terre, Océan Mer (on remarquera aussi le lien avec ces deux titres, tous deux si magnifiques) offre sur un plateau d’argent et d’or, des voix, des successions de personnages tous abimés par la vie, par une existence peinturlurée de peines, de douleurs, de souffrances.

Elle se sent.

Partout dans les lignes, dans la poésie des mots, par le rythme doucereux des vagues, d’une écume harmonieuse. Et puis. Le ravage. Le naufrage. L’agonie de ces marins en prise dans la tourmente insoutenable de la mort. Hosanna mer.

Hosanna, la grandeur, la déesse mère, Dieu peut-être. Calme, sage, gentille. Soudain féroce, conquérante, gourmande de ces êtres, humains, les emmenant dans l’abysse d’un néant, d’une terreur. La terreur universelle du rien après la vie. Alors, comme si l’on regardait à la place Du voyageur contemplant une mer de nuages, cette toile romantique de Friedrich, on se sent minuscule. Spectateur, lecteur, simplement matière pensante, totalement pénétré par cette scène s’effilant sur plusieurs pages. C’est une détonation de… tout. De l’univers entier. De la transcendance de Dieu. Alors si Dieu existait, il serait là, dans ces pages, dans ce passage.

Hosanna Mer.

Depuis j’aimerai nommer ma fille Hosanna. Depuis j’aimerai écrire un livre sur cette apothéose. Cette beauté stellaire. Peindre aussi, de gestes violents, retrouver cette sensation, cette émotion intense enfouie dans les lignes de l’histoire de Barricco.

Autant dire tout de suite que cet auteur est un roi. Celui qui m’a ému aux larmes. Quand on ne trouve plus les mots pour exprimer ce phénoménale dans les veines, on sait que l’on se trouve en face d’un talent majestueux.


 

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TROIS FIGURES EFFRAYANTES


« Puis s’ajouta la battue d’un autre tambour, celui d’un autre géant marchant à quelques pas du premier, mais aucun des deux monstres, concentrés sur leur instrument, ne prêtait attention au rythme de l’autre. »

Je n’ai jamais été friande des fêtes cependant digne est de constater que j’adore celle de Saiman ou Halloween pour les intimes. C’est l’occasion de s’allonger sous le plaid, près d’un chocolat viennois avant de souffler les lumières, d’appeler la peur, d’affronter ses angoisses. Elle date de loin cette tradition, de très très loin dirais-je, toujours présente, elle esquisse notre vers le surnaturel. La mort a toujours été une de nos préoccupations, Halloween le démontre si bien. Les Mésopotamiens (il y a très très longtemps) avaient l’occasion de fêter leurs morts une fois par mois, ils leur réservaient une place à leur table. Ainsi, les morts s’accompagnent des vivants ou les vivants désirent retrouver leurs défunts non plus lors de la cérémonie funéraire, lors d’une fête exclusivement réservée pour eux. Encore une fois, elle est liée aux récoltes, à la lune, survie des nations et des peuples, puisque les Celtes allumaient des feux de joie au sommet des collines pour accueillir leurs disparus. Fêtons dignement Samain avec trois titres particuliers, dont l’un titille nos grandes frousses, celles de l’inconscient.

PS : j’ai un rythme de tortue et Halloween étant passé…


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Hannibal de Thomas Harris

hannibal-lecter-tome-1-dragon-rouge-269234L’histoire débute à l’aide d’une ancienne amie, celle-ci amoureuse des figures violentes, perturbées, démoniaques. La série d’abord a achevé de pousser le souffle de la tentation sur mes yeux éblouis par du baroque, ces plan chef d’œuvres ornés de références, de symboliques. J’étais réticente, il faut bien l’avouer, ayant essayé plus d’une fois à m’immerger dans le livre au style froid, clinique. Mads Mikkelsen m’a bien aidé. Et la lecture est devenue facile, à tel point que j’ai lu les quatre tomes, les dévorant, ne me fiant pas au style mais plutôt à tout ce qui entourait l’univers malfaisant, ces liens malsains, cette dynamique insoutenable.

On parle là d’un vrai psychopathe. Largement comparé au fil du récit à Lucifer lui-même. La tête de Mads (parce que cet acteur est un dieu, que je l’aime de toutes mes pauvres forces) est excellente dans ce rôle et, de voir la série avant de lire, étrangement, fut très intéressant. Comme je suis ivre de la belle poésie et du style lyrique en général, là, j’ai pu imaginer comme je le voulais, en glanant et récoltant des informations. Le style se pose en conquérant d’une histoire, pas de belles phrases au pathos, des faits tissés, des joutes verbales terrifiantes et des descriptions à la géométrie cadrée.

Livre et série se complètent assez facilement. En réalité, la série étant une très libre adaptation, je me suis sentie libre de constater qu’Hannibal, au delà de sa carrure imposante, au delà de sa psychopathologie, semblait un garçon attachant. De ce qu’il est devenu, il expliquera que c’était patent, qu’il s’est fabriqué, de loin, l’idée épouse l’effroi à la perfection. Si le passé ne rassure plus, si le passé ne peut fournir des explications, si le passé n’esquisse plus des circonstances atténuantes, que reste-t-il du sens à ces actes meurtriers ? L’homme (et moi du coup) aime à croire qu’il porte la bonté en son coeur, inimaginable la pensée de succomber à l’atroce avec plaisir.

On nage dans la terreur, le désespoir, l’agonie suprême. N’empêche que le plaisir malsain s’engouffre (ou est-ce simplement mon esprit aimant à mettre des personnes atypiques, empruntes de violence ensemble…) dans l’esprit, on a hâte de retrouver les paroles acerbes pourtant douées du talent du démon. Les quatre tomes et la série à voir absolument, au risque de manquer les rires du diable et les pleurs de l’agneau.


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La servante ÉCARLATE de Margaret atwood


 716eml62biglIl a défrayé les chroniques, les réseaux, il a chamboulé de millions de lectrices, il a supporté le poids de notre société, transformant la misogynie, la grossissant. Le livre se peint de traits grossiers, des lignes de faille se nuançant de mélancolie ; ici les larmes se versent, la peur s’étreint dans les  entrailles. J’ai connu ce livre avant l’annonce de la série grâce au slogan tapageur d’un livre pour jeunesse. Je ne lis plus de ce genre là, cependant je dois cette découverte grâce Au joyau, dystopie édulcorée young adult.

Par d’enfant ici, la majorité des femmes ne pouvant plus procréer, leur organisme n’offrant plus le don de la vie. Dans cette société totalitaire, elles sont classées en trois, séparées en trois catégories. Elles ne possèdent plus d’intériorité, de goûts, de plaisir, d’envie, de désirs, d’ambition. Les épouses servent les maris tandis que les martas servent les maisons des épouses et les servantes écarlates servent à la procréation. Rare et prisées, ces dernières subissent des viols à répétition pour le bien de la communauté. Autant dire de suite que, révoltée déjà par notre temps actuel et sa culture du viol se proliférant, ce roman fut la goutte d’eau. Le poison affectueux s’immisçant dans les veines, amoureusement, pernicieusement, vicieusement. Parce que la plume est si jolie, si emphatique, si triste que l’on pleure avec Jeffred.

J’ai aussi voulu claquer Jeffred de bien des manières différentes, malgré une émotion et une compréhension pour ce personnage me serrant le coeur à la volée des pages. C’est cet univers dépeint, froid, clinique, outrageant pour la femme, non pas Jeffred, courageuse et forte, qui me révolte depuis chaque paragraphe. Il mérite de posséder une place dans cette sélection effrayante puisque, tout comme l’exorciste, La servante écarlate grossit la vérité. Il est même pire que cette histoire de possession car, si l’on n’y prend pas garde, notre condition pourrait bien se révéler aussi vraie que celle du récit.


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la maison dans laquelle de Mariam Petrosyan


 81kaint-aulUne gueule de bois littéraire, ce roman m’a accompagné dans l’hiver hargneux de ce mois de février dernier, un mois où je me suis engouffrée, souris joyeuse entre les pages de ce magnifique livre. En ayant écrit une chronique, je pourrai dire tellement sur cette révélation. La maison prend notre inconscient en otage, un effet drastique quasiment mystique. La maison dans laquelle est de celle qui perturbe au long de la lecture, offrant sueur froide généreusement, fascination amoureusement.

Envies et désirs se joignent, valsent, s’éparpillent dans l’imagination carburant à vitesse lumière. Les images se faufilent, les moments, la psychologie de ces enfants livrés à eux-même. Lecteur, nous entrons dans un monde d’une psyché impressionnante, un pays aux merveilles vengeur où les désirs les plus sombres, la bestialité humaine, nos péchés sagement muselés apparaissent dans les couloirs et les rituels façonnés. Ces enfants c’est nous, les jambes boiteuses nous les possédons tous. Il m’a fallut un moment, après avoir refermé le livre, pour digérer ce monument littéraire, pour comprendre, pour chercher dans les dédales de mon esprit. Point de critique ni d’objectivité concernant ce doux trésor. C’est un livre univers s’ouvrant dans une maison en ruine, dans un pensionnat reflétant notre monde intérieur et notre société extérieur.

De mots pour décrire, la peur et la jouissance résument les sensations : effroi d’être soi même, de s’accepter dans ses pensées les plus obscures, de se combattre soi-même. Le livre est une extrême catharsis. A l’histoire se répercute notre propre intérieur que l’on bâtit avec difficulté mais courage.


Quel est le livre qui représente votre plus grande frayeur ?