Critiques culturelles

Baise-Moi de Virginie Despente

Je ne souhaitais pas parler de ce livre. Pourtant, ce matin, je me suis levée et j’ai écrit dans mon carnet, en soi, rien de bien inhabituel. Un plan s’est formé, des arguments, j’avais besoin d’en parler car ce livre ne m’a pas chamboulé, ne m’a pas transcendé, disons clairement qu’il m’a laissé un goût amer en bouche. Virginie Despente est l’une des figures médiatiques faisant office de visage trash, de mauvais gout. Elle perturbe, elle dérange, elle en a rien à faire d’ailleurs et les gens aiment ça car ils ont la saveur du spectacle et du grandiloquent. Un peu comme Houellebecq. Alors je vais en verser quelques mots, mieux, je vais encore une fois, gueuler mon saoul pour vous permettre d’appréhender Baise-Moi, deuxième bouquin que je lis de cette autrice, deuxième déception. Jamais deux sans trois.

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Virginie Despente, Baise-Moi, 1993

Ces deux auteurs contemporains ont souhaité écrire sur la société et, sur la quatrième de couverture l’on peut lire éloges et phrases synthétiques sur le morceau de lecture acheté. Despente est décrite comme féministe, ayant disserté sur le thème de la femme (King Kong Théorie) et possédant un univers particulièrement urbain dépeint dans ses romans. Je me faisais une joie de découvrir Baise-moi lors de mes crises atténuées de violence psychologique, je le gardais au fond de ma bibliothèque pour le moment où j’aurai besoin d’exercer mon droit à la catharsis. Néanmoins, l’effet fut sauvagement étouffé par un effet de trop, de « je te balance ça comme ça démmerde toi ensuite ». Excusez ma vulgarité, elle n’est que l’imago de ce roman que je viens d’achever. Ainsi, en pauvre lectrice affamée et d’espoir vaincu, je me suis retrouvée sur le bord de la chaussée, sur un trottoir enflammé de colère et de « je me suis bien faite avoir. ENCORE ! ».

Par les personnages d’une inaccessible psychologie, les deux femmes ne sont que des pages blanches dans un enchevêtrement de moments se vendant dans une surenchère de violence. A qui tirera le mieux dans des innocents ? A qui parlera mieux le plus vulgairement possible s’il vous plait ? Aucune explication, aucune émotion, rien, le néant, va te faire te foutre semble-t-elle dire dans les pages de son roman. C’est dommage vraiment car avec un peu de construction, le roman aurait ressemblé à un monument dont tout le monde parlerait, un peu comme Hell de Lolita Pill (largement critiqué alors qu’il était un détonateur appelant à l’empathie du lecteur). Ecrire un texte féministe ne signifie pas enlever les préjugés et les caricaturer au maximum pour montrer que la femme peut être à l’égale de l’homme, dans ce cas-ci, la femme est ridicule à tirer sans penser, juste deux boules d’énergie meurtrière ne souhaitant que blesser et se venger d’une société les ayant repoussés, mis dans les marges. Peut-être y a-t-il d’autre moyen que de tirer comme des dégénérées, d’exorciser le mal par le mal ? Œil pour œil, dent pour dent, si seulement.

Si seulement le langage pouvait rattraper le vide des personnages, personnages censés offrir de la vie et amener à une réflexion sur la société dans laquelle on vit, car je suis sûre que l’intention de l’auteur se trouvait là, ou peut-être pas d’ailleurs, ce que j’ai ressenti, courroux intense et frustration bouillonnante, me guident vers le doute. Des efforts pour choquer, pour briser les mœurs et l’entendement de ces « bourgeois » se trouvent tout au long des pages, si vite détruit par le langage d’une crudité aseptisée, d’un « trop » virant à la caricature. J’admets que dans certains quartiers les mots pleuvent dans une surface de haine pour les autres (à voir Walter Bejamin) et démontre une lutte des classes acharnée. Mais où le montre-t-elle ici ? Dans ses scènes de tueries féroces ? Dans ses scènes où les deux femmes parlent de sexe, baisent et jettent ? Tous ces éléments auraient pu être percutant, aurait pu choquer le lecteur (il faut prendre en compte aussi que je suis plutôt immunisée contre ces effets et que je suis facilement impénétrable étant donné que je ma recherche artistique se base également sur les traces du malsain et du glauque) simplement l’effet est gâché, totalement anéanti par la fausseté du propos, par ce je ne sais quoi de malhonnête. Elle a voulu observer le monde et le donner à voir sur le papier, elle n’en a gratté qu’un tout incohérent et d’un point de vu manichéen naïf.

Faudrait-il écouter les paroles poétiques mais virulentes de Damien Saez ou de Gaël Faye pour se rendre compte du pouvoir presque mythique du langage et de la littérature pour comprendre que Baise-Moi aurait pu avoir un impact considérable pour son lectorat. Au lieu de ça, elle choque sans véritablement penser à mettre en théorie ses idées, à expliquer et à dire « oui, il faut que le monde change. Les femmes n’ont pas fini de lutter. » J’en ressors énervée, encore un potentiel surmédiatisé avec des phrases à l’arraché, une caricature en surface impressionnante mais vide intérieurement. J’assume ma dureté, comme à chaque fois, seulement, s’il vous plait, à l’avenir auteurs à succès, pensez à vos lecteurs et à la magie de faire de la littérature, ce que peut apporter un roman à d’autre. L’action d’écrire est certes solitaire, mais elle sert à partager des idées par le biais de la fiction et à concevoir, à inviter à la réflexion.

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6 Comments

  • Reply Ada novembre 16, 2017 at 6:51

    Oh, je ne m’attendais pas à lire une critique aussi sévère de son livre. Je n’ai lu que King Kong théorie, qui est un essai, et non un roman, et qui m’a d’ailleurs l’air bien plus intelligent que Baise-moi, je ne sais pas… J’hésite à donner sa chance à ce bouquin-là, bien que j’en lirai sûrement un autre de l’autrice. Merci pour cette chronique intéressante 🙂

    • Reply AMBROISIE novembre 17, 2017 at 5:28

      C’est vrai que je suis hyper dure mais c’est toujours comme ça quand je craque pour des produits commerciaux je dirai. En plus je suis une fieffée anticapitaliste alors ça n’arrange pas les choses. Mais disons que ça fait la deuxième fois que je me fais avoir avec cette autrice et à la longue je deviens de plus en plus énervée 🙁

  • Reply L'ivresse littéraire novembre 17, 2017 at 10:00

    Virginie Despentes ne m’a jamais attiré. J’ai vu il y a quelques années le film tiré de ce livre et sincèrement à part le côté cru et violent il ne m’en reste pas grand chose…
    Je pense que je vais continuer à lire et écouter Damien Saez et Gaël Faye.

    • Reply AMBROISIE novembre 17, 2017 at 10:04

      J’ai ressenti la même chose que toi, un sentiment de frustration mêlé à la colère et à la déception. C’est la deuxième fois que je lis un roman de cet autrice et à chaque fois je ne vois pas le but, ses intentions ne sont pas cohérentes face à la forme de son texte. C’est vraiment dommage, elle a un gros potentiel mais j’ai juste l’impression qu’elle n’en a pas grand chose à faire.

  • Reply LéonieSaintJean décembre 24, 2017 at 9:10

    Je ne l’ai pas lu et tu me confortes dans mon idée haha

    • Reply AMBROISIE décembre 25, 2017 at 8:49

      J’ai été déçue deux fois avec Virginie Despente, je pense que je ne recommencerai pas à lire l’un de ses livres :/

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