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AMBROISIE

Critiques culturelles, Les femmes dans l'Histoire, Paroles féministes, Problématiques artistiques

L’amant double. Ozon, la femme, le fantasme.

    Un petit problème se pose, mais je ne le dirai pas tout de suite, je vais garder le meilleur pour la fin.

    Il y aura aussi un manque d’objectivité. Un manque de structure aussi puisque j’écris cet article à chaud. Je souhaitais griffonner des mots sur ce film après avoir lu cet article de L’autre côté de l’image, celui-là, au lieu de me détourner m’a donné envie de le voir, justement pour voir ce qu’elle disait.

    J’ai été gâtée !

    Je ne cracherai pas sur le travail esthétique, sur ce style qui fait que François Ozon est respecté dans son milieu, c’est normal puisqu’il fabrique ses films comme un peintre, en revanche, les images, l’apparence n’est qu’une moitié de chemin, dans l’autre ; le scénario et les propos. Ce que l’on demande aux arts n’est pas seulement un travail sur la vision (bien que dans l’amant double il réunit toutes les problématiques artistiques : perception, le thème du miroir, la perspective, placer l’homme dans l’espace, nombreuses citations d’autres grands noms cinématographiques…) mais un travail pour faire changer les mentalités.

    C’est en cela que je crois : l’art est une arme contre la tyrannie, anticonformiste ayant pour devoir de bousculer la connerie humaine pour faire progresser l’empathie et, ainsi de faire évoluer le monde en tentant de le rendre meilleur. L’utopie détruite par la majorité des productions artistiques. Parce que l’art s’encre religieusement dans une époque, ce sont des témoignages de notre ère qui, dans cent ans, peut-être, seront redécouvert.

    Une époque où la parole de la femme tente de se grimer une place au soleil avec pléthore de difficultés.

 

    Une esthétique clinique, un peu trop d’Ozon dans le Ozon.

    Comme tous films de François Ozon, ils se démarquent par leur recherche artistique ; la composition de l’image et du montage est finement ouvragée, tel qu’on dirait un travail d’orfèvre. Les lignes de forces, les symboles, les références, les citations, les hommages composent toute la durée du film, assemblent ensemble une matière plastique. Oui, François Ozon est un artiste, de celui qui construit, un peu comme un Léonard de Vinci du troisième millénaire cette fois-ci. C’est le Della Francesca qui bâtit un film avec ses caractéristiques si fortes que, dès la première image, l’ouverture façon Origine du monde, l’on est obligé de se dire, ah bah oui c’est du François Ozon. La spectatrice s’interroge alors, si le style ne prend pas trop de place déjà.

    Il a décidé de mettre en avant une Venus vivante, la magnifique Marine Vacht, ancienne mannequin, cela en dit long sur le choix de l’auteur. Bien sûr, la femme est, soit magnifique, sacralisée par sa beauté froide, pure, un peu hautaine, soit elle est représentée par la laideur de la voisine, un visage et des paroles dérangeantes, l’on ne saurait dire mais l’on ressent qu’en effet, il y a quelque chose qui ne va pas chez elle. Chez la voisine, qui n’a pas de prénom, il y a des échos de ces vieux tableaux de notre ancienne ère, celle de la mégère ou de la sorcière de Goya. François Ozon s’inspire donc de l’art visuel d’une tradition antique, cela ne me déplaisait pas, j’aime admirer ces tableaux, ces figures, mais il pose aussi les bases d’un manichéisme machiste dès les débuts. Parce que, dans la recherche de l’art, il recherche également la beauté lisse dévoilée sur le minois de son actrice (je précise que je suis une totale fan de Marine Vacht). Une dualité s’impose alors, entre la femme fragile, l’idéale de la féminité manipulable, dominable, une féminité qui s’absout des vices, qui est désirable car elle est page blanche, vierge. Et cette voisine, un peu folle, un peu fantasque, miroir de ce que Chloé pourrait devenir, de ce qu’elle est. Ne parlons pas de la mère décrite comme une mère indigne !

    Alors Chloé, notre personnage principal dont on ne ressent rien que du rien, évolue entre le musée dans lequel elle travaille et l’appartement dans lequel elle s’est installée avec son petit copain de psy et dans le bureau de l’autre psy. Trois espaces bien maîtrisés, eux aussi ayant leur spécificité, leur couleur, leur miroir. D’ailleurs, le miroir sera l’élément plastique, dramatique, psychologique reliant toutes les étapes intérieures de cette fille. Le miroir… lieu commun artistique, encore une fois, emprunté dans l’art des pompiers, de la Renaissance, toute cette belle période où les femmes n’avaient pas le droit de parole. Enfin bref. Les échos aux arts ne manquent pas, chaque image montée est une promesse de beauté artificielle, clinique, il amasse une ambiance qui se veut thriller psychologique, qui ne durera pas sur la durée. Parce que, dès la première image il montre déjà sa fin. Mais ceci est un détail.

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La belle démonstration de la domination masculine, admirez ! 

    La psychologie fragmentée, clichée. Caricature d’une femme se rêvant dominée.

    Comment montrer l’inconscient, cet abysse impénétrable, se laissant toucher par des détails, comme une mer agacée, une mère secrète qui cache, tisse, défait, relie, entretient les refoulements, les songes interdits, les actions inadmissibles. Comment pénétrer cet inconscient et surtout, l’inconscient féminin. Est-ce que la femme est si mystérieuse qu’elle est vue si cruelle, si hargneuse, si… sorcière ? La femme c’est l’autre pour l’homme, entité impénétrable, piéta, maesta, sauvage. Oui sauvage, Ménade meurtrière que les hommes ont le devoir de dresser. Tous ces mots que j’emploie semblent se corréler parfaitement avec le film puisque le grand problème c’est que le film a été réalisé par un homme. Je l’affirme, je ne suis pas misandre, mais, peut-être, s’il avait été vu et fabriqué par les yeux d’une femme cette histoire somme toute assez intense aurait pu gagner en subtilité. Ici, il n’y en a aucune. Mr Ozon se targue d’être féministe, il voulait dire qu’il est plus obsédé par la femme que féministe, qu’il ne demande pas l’égalité, il demande la sujétion de la femme. Puissant grec archaïque ayant le devoir de poser sa main sur la nuque de cette créature enchanteresse (les deux photos que j’ai mise sont assez parlantes) pour la combler de sa semence mystique. Or, dans le film, le ventre, symbole de fertilité mais de peur, d’effroi, de mort transparait à chaque séquence, chaque plan. Chloé a mal au ventre, Chloé, gentille Chloé, réduite à l’organisme le plus naturel, un sexe.

    Certes, le film montre une femme, femme principale naviguant entre deux mats : Louis et Paul, des jumeaux, le double, le reflet. Très psychologique. Néanmoins, Chloé n’en respire que pour le sexe, le sexe cet acte bestial dont la femme est friande. Chloé soupire, respire, s’énerve. Passive. Trop passive. Non par peur ou par angoisse. Elle ne désire que d’être possédé par l’homme ténébreux, dominant, impérial. Elle rêve de se faire bouffer par Zeus. Et là on s’attaque au sommet du problème.

    Des films ayant cherché une explication à la psychologique des nôtres, de la déesse mer, j’en compte des centaines or, ce sont des films vieux de trente ans, divulguant des clichés masculins contre ce qu’ils ne peuvent contrôler. Chloé se veut femme indépendante, elle n’est juste l’ersatz d’une femme moderne, elle est tout le contraire de la femme moderne. Elle s’ancre dans une tradition Bovaryenne alors qu’elle devrait être la figure héritant de Jane Eyre. Chloé aime rêver de se faire dominer parce que toutes les femmes rêvent de l’être. C’est ce que montre le film, en grand, inscrit en énorme sur chaque acte des acteurs. Ouvrez les yeux aux détails percutants, la main sur la nuque, la main sur la gorge, la prise ferme de l’homme capturant une biche, la voix enrouée, rauque, virile de Louis, le stéréotype de l’homme rentrant tard et faisant attendre sa compagne, compagne qui ne se définit que par l’attente et la soumission à son homme. La demande en mariage, la tromperie, l’adultère, la voix blanche, antipathique de Chloé, l’inavouable désir de se faire posséder pleine et non consentante

 

Le fantasme du viol, le réel drame de ce film.

    Le non consentement… Une femme dit non et, forcément ça veut dire oui. Plus dramatique encore, une femme dit non, affirme sa force et l’homme la fait ployer par sa force physique et mentale. Quelle joie ! Quel spectacle ! Quelle jouissance ! Le film se veut thriller psychologique, alors la psychologie se rapporte-elle toujours au sexe ? N’y a-t-il que le sexe, l’érotisme dans une vie ? Ne peut-on se combler physiquement et moralement que par l’acte d’amour (cette fois-ci c’est plutôt l’acte de haine, c’est encore pire) ? Y a -t-il autre chose que le sexe dans la vie ? Non. Apparemment non. Parce qu’une femme ne rêve que de cela, que du sexe. Elle rêve de se faire violer aussi comme le démontre sagement, presque factuellement l’Amant double.

    Ce qui me trouble le plus, tel un écho grinçant moqueur, ce qui me désenchante le plus, c’est la manière de raconter la psyché de Chloé, c’est la façon dont s’assume pleinement la misogynie noire de François Ozon. Parce que je le pensais un réalisateur intègre, un homme progressiste, tout le contraire de ce qu’il est réellement. Ce film, pour moi, est une mise en abime du propre labyrinthe psychologique de Ozon. Je ne m’avancerai pas plus en soutenant que ce film (et tout ses autres) est une manière de se défaire de ses terreurs vis-à-vis de la femme, de cette dualité qui l’oppresse. Chloé ou Isabelle (la jeune et jolie) deux même faces, deux mêmes symboles, la femme qui se place entre les mains des romains hommes. Parce que oui, François Ozon souhaite la femme mais la femme l’effraie, elle symbolise la déchéance couplée à la beauté spectrale, à la beauté qui ne peut s’atteindre. Chloé et Isabelle se ressemblent, l’une malade, anorexique, aimante, l’autre jeune effarouchée, diaboliquement innocente sous ses parures de profane. Chloé le double d’Isabelle. Toutes deux dans les mains des hommes. Elles recherchent, en quête d’idéal mais un idéal masculin, parce que, apparemment elles ne savent pas comme gérer leur vie, qu’elles ont besoin d’un homme pour vivre…

    Pour exister.

 

    Chloé rêve d’être violentée, d’être violée, d’être prise de force parce qu’être prise de force c’est exister, c’est gouter les joies que l’on ne veut pas s’admettre… dans les yeux d’un homme, dans la tête d’un homme. La femme, elle, sait qu’être violée est un crime, un meurtre sauvage, une violation du corps, de son corps. S’exclamer de fantasmer sur le viol c’est maintenir que la femme est incapable de se gérer elle-même, pauvre folle qui séduit, qui n’existe que pour séduire. François Ozon transfert ses propres chimères, ses redoutables fantasmes sur Chloé, la jolie, la pâle, la parfaite Chloé. Chloé, image de la femme soumise et malsaine, image de la vierge sorcière s’amusant à jouer avec les hommes parce qu’une femme ne se construit qu’en travers les hommes n’est-ce pas ? François Ozon n’a pas même eu la décence d’assumer ses fantasmes et de filmer l’homme dans son fantasme de posséder la femme.

    Parce que, chaque être humain combat ses affres, ses démons, ses plaisirs interdits et inavouables. Mais l’on peut tout se permettre avec la femme puisque, c’est connu, c’est un objet que l’homme modèle.

La lectrice intérieur

Les classiques, en TAG

Pour faire renaître l’écriture sur mon blog, que j’ai un peu délaissé depuis quelques mois, entre ma pratique artistique, ma préparation au concours et la rédaction de mon roman, j’ai décidé de revenir telle une caresse douce pour vous parler de mon rapport aux classiques. Tendres bouquins millénaires s’étant incrustés dans le panthéon de notre culture, je n’élude pas que ces classiques possèdent tout de même une aura de terreur parfois pour les lecteurs.

    J’avoue : je n’ai pas pris gout aux classiques par le biais de l’école mais par une amitié maintenant envolée qui m’aura beaucoup apporté. Il y a une griserie assez intense quand l’on observe près de nous une personne chère qui nous transmet sa passion, encore plus quand la passion ne disparait pas mais s’ancre en nous. On a alors la certitude que celle-ci ne disparaitra jamais. C’est ce qui se passe pour moi et les classiques. J’ai toujours vécu avez et continuerai, car, en plus de se situer et de documenter des ères anciennes, elles sont sources de millions de sens. Lire un classique c’est s’approprier sa vie et réfléchir sur tous les questionnements qui nous hantent pour grandir.


    Mon classique préféré

     Il fut un temps j’aurai répondu, tout de go, Lolita de Nabokov, j’entretiens avec cette histoire un lien particulièrement malsain. Aujourd’hui, étant plus apaisée, plus confiante, je n’hésite plus et fonce. Jane Eyre de Charlotte Brontë est pour moi le monument de ma littérature psychique. Ecrit par une femme, raconté par une femme, ce n’est pas seulement un roman d’amour qui s’explique dans les lignes, qui se fait voir avec délicatesse mélangé au gothisme, il y a une sincérité sidérante, une mise à nue universelle, Jane, femme d’entre les femme, jeune qui plus est se fait la voix de notre condition. Toujours cette touche d’ironie sensible sur ses lèvres, c’est la force courage d’affronter avec politesse en sachant tout de même quelle est sa place, en la critiquant cependant avec fougue passionnelle. Annie Ernaux disait qu’en découvrant Jane Eyre c’était se découvrir soit même. Je suis Jane Eyre.


    Un classique que je n’ai pas aimé

     Les Faux Monnayeurs d’André Gide, certainement parce que j’étais jeune, que je devais le lire pour ma terminale, que je n’avais absolument pas compris les enjeux de ce roman, de cette mise en abime pourtant qui m’intéresse si cruellement. Il m’a laissé un gout de frustration telle une porte obstinément close qui ne laisserait pas le lecteur découvrir ses mystères. C’était trop perturbant pour moi, je l’ai lu jusqu’au bout sans précisions maintenant du récit simplement un sentiment prégnant d’impossibilité à voyager dans la proposition.


    Mon personnage de roman classique préféré

    Effroyablement fascinée par Mr Rochester (suivons une certaine logique), ce personnage m’attire, me fascine, me répugne, m’inspire. Puisque Jane Eyre est sensée être moi-même, j’aspire également à trouver l’âme qui me correspondra (en sachant pertinemment que je la fuirai si nécessaire). Il a ce côté si charmant, si vertueux tandis que, sous la lune, il se révèle un Lucifer dominant envers les femmes, les idéalisant ou les brisant (qu’on ne vienne pas me dire que Bertha était folle, elle était juste en avance sur son temps, or, son comportement ne plaisait pas à Rochester). Sa relation avec Jane me rend fébrile d’admiration, une dualité attirance-aversion se lie dans mes veines lorsque je m’absorbe pour la énième fois avec plaisir dans la lecture de toutes leurs scènes.

    Esmeralda (bien qu’elle soit par trop idéalisée, trop pure, trop parfaite), archétype de la vierge enfant (elle a 14 ans je vous rappelle), personnage sublime, féminin, tellement douce qu’elle me fait trembler de tendresse. J’ai envie de l’apaiser, de lui apprendre la vie, de la rendre plus flamboyante encore. Matière brute à modeler.


    Mon courant littéraire favori

    J’aimerai me faire l’héritière du romantisme, c’est le mouvement que j’affectionne, parce qu’il me correspond totalement, parce qu’il pénètre dans mes pensées et résonne dans toutes mes pratiques artistiques. J’admire les peintures de Delacroix comme je tombe en pâmoison devant La confession d’un enfant du siècle de Musset, je reste subjuguée lorsque je contemple des encres de Victor Hugo et que je m’abime dans ses poésies et ses romans. Le romantisme c’est le mouvement parfait, qui continuera à me procurer une palette de toutes émotions.


    La lacune littéraire dont j’ai honte

    Que nenni ! Je n’ai d’honte à n’avoir ! Je comprendrais encore si je faisais des études de lettres afin de devenir professeur de lettre, ce n’est pas le cas. Je vais répondre à côté ; il n’y a pas de honte quand on parle lecture, qui plus est lecture de plaisir, pour soi, pas pour les autres. Si je ne connais pas un mouvement de l’histoire de la littérature j’ai tout mon temps pour la découvrir, pour juger, pour évaluer si celui-ci fait écho à quelques lambeaux de mon inconscient, s’il m’inspire ou, si, au contraire, il m’horripile. Car à la honte s’ajoute cette infériorité, cette sensation de se trouver devant un monument trop grand, trop imposant et de rester en retrait.

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La naissance de Venus, Botticelli, 1484-1485


    Les 5 classiques que je veux lire très bientôt

    Cette question où il faut prédire le temps, donner des titres que l’on ne sera pas sûr de déguster dans les mois suivants. J’ai l’habitude de faire des montagnes de PAL, de les laisser pendant des années. Comme je l’avais dit, ma PAL est vie une existence autonome, c’est selon mes humeurs. Ceux qui me tentent sont pléthore, je m’en vais fouiller ma bibliothèque pour apercevoir ceux qui brillent le plus.

    La Peste de Camus : il y a quelques années, j’avais découvert dans un sursaut de cœur le fabuleux Etranger. Un choc émotionnel doublé la responsabilité de comprendre l’absurdité du monde. J’ai continué mes recherches avec lui en lisant le Mythe de Sisyphe (je ne le remercierai jamais assez car cet essai m’aura aidé à me positionner sur mes pratiques artistiques, à mieux entrevoir mes dessins tourmentés, à concevoir l’art comme une survie, une porte vers la transcendance). J’ai décidé de poursuivre mon chemin avec lui en dévorant La Peste, bien au chaud dans ma PAL.

    Mémoire d’une jeune fille rangée de Simone de Beauvoir. C’est une relecture. Je me souviens vaguement des propos qui ne m’avaient pas touché à l’époque, encore si naïve et enfermée dans mes croyances labyrinthiques. Aujourd’hui, je me sens prête à le redécouvrir car, je le sais, il a énormément de choses à m’apporter. Cette autrice étant une femme que j’admire énormément, féministe, intellectuelle, inspirante, j’ai envie de me lier à ses œuvres pour nourrir les miennes. Pour, un jour, déclamer haut et fort que je fais partie de sa descendance de sa pensée.

    L’art de la joie de Goliarda Sapienza. Déjà parce que ma mère me l’a tendrement procuré pour mon anniversaire l’année dernière, ensuite parce que Histoires Vermoulues le cite à chaque fois dans ses articles. Je me dis qu’il a dû marquer au point de le citer tout le temps. Il y a de ces livres qui ne nous quittent pas, qui s’ancrent profondément au cœur et qui nous permettent de grandir.

    Le Paradis Perdu de Milton. Après avoir lu des articles d’analyse sur le personnage de Kylo Ren, après avoir découvert qu’il se plaçait dans une stylistique, une tradition d’u romantisme noir, après avoir lu la comparaison de tous ces classiques ayant apporté une profondeur extraordinaire au personnage de Star Wars, avant de me jeter sur tous les recueils de poésie à ma librairie, je sens que l’expérience sera phénoménale.

    La Divine Comédie de Dante. Pour son aura suprême, religieuse. Pour sa vieillesse, pour ses descriptions de l’enfer, pour les peintures, pour mon amour de l’art mystique.

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Picnic at Hanging Rock, Peter Weir, 1977


    Mon adaptation ciné / TV préférée

    Picnic at Hanging Rock de Peter Weir. Je l’avoue, je l’ai visionné hier ! J’étais convaincue d’adorer la sublime version de Jane Eyre de 2011 brillamment interpréter par Mia Wasikowska aux côtés de Michael Fassbender dans le rôle de Rochester (je ne me lasse aucunement de passer, de repasser les scènes épiques d’amour, cette alchimie mélodieuse dans les gestes pudiques), il a été détrôné par ce film métaphysique, cette adaptation de Picnic At Hanging Rock. Déjà, le livre est affolant par tant de beauté, de délicatesse et, dans le raffinement plaisant, une odeur acre de malsain. Le réalisateur compose ses images, son montage tel un orfèvre. Des tas de références à la peinture de la renaissance, aux contes de fées puis aux films d’horreurs. Et la musique, une flute de Pan transportant chaque spectateur dans cette réalité invisible du noumène.


    L’adaptation ciné / TV que je n’ai pas aimée

    Aucun titre ne me vient à l’esprit. Je suis navrée.


    Mes éditions préférées à collectionner

    Sans aucune hésitation : Folio/Gallimard. Une maison, certes, un peu élitiste, mais représentant les valeurs de la littérature, de ce qu’elle peut transmettre à chaque homme. Pour une raison un peu plus esthétique (non pas superficielle) la mise en page aérée, la police d’écriture, les préfaces, les couvertures me semblent liées au contenu de l’histoire.


    Un classique trop peu connu que je veux recommander

    Les années d’Annie Ernaux, ce n’est pas un roman, il n’est pas façonné comme tel ; le texte alterne deux regards, celui de l’enfant se mêlant à l’adulte qu’elle est devenue. Elle entrelace deux temporalités, celle de la nostalgie et d’une critique ardente. Grace à ce récit je peux enfin dire : « c’est le livre que j’aurai aimé écrire ».

Les humeurs

« Ce que l’on voit, et ce que l’on perçoit, n’est qu’un rêve. Un rêve dans un rêve. »

J’ère un peu. Je suis mes couloirs psychiques, essayant de trouver ce bout de ficelle d’Ariane, elle seule pouvant me guider vers la sortie de mon embourbement. Deux mois d’absence qui m’en semblent six. L’envie d’écrire des articles s’évanouit entre mes phalanges égratignées. Je me suis concentrée sur mon année de master, avec l’objectif en tête de passer mes épreuves d’admissibilité du CAPES pour atteindre les oraux et, peut-être, obtenir mon concours pour sauter dans une nouveauté qui sera ma vie. Je n’en ai pas oublié que j’avais un blog à gérer, mais je l’ai laissé de côté, pour le moment, réfléchissant tout de même à la suite, à de nouveaux concepts. Entre mes lectures d’essai et de roman, j’ai aussi mis de côté l’écriture de mes carnets, mais je reprends, tout doucement. Je tâtonne. Parce que recommencer, reprendre l’écriture d’articles, de chroniques, parler de problématiques qui me sont chères me paraît insurmontable. Comme si je n’en étais plus capable.

Ça bloque.

J’ai repensé à certains articles, au début de l’émergence des blogs, des pseudos professeurs en sociologie ou que sais-je affirmant que gérer un blog permettait aux blogueurs de parler de leur vie et de s’exhiber. Maintenant l’on sait tous que les blogs pourvoient aux nombreux centres de passions, grâce à cet espace numérique, nous pouvons partager, communiquer au-delà des frontières réelles imposées. Maintenir un blog c’est pouvoir poser le papier de nombreux questionnements, s’éloigner du quotidien parfois féroce.

Mais je ne sais plus quoi faire.

Alors j’écris.

Je pourrais gribouiller ma feuille vierge, la remplir de verbes. M’exclamer pour mes dernières lectures ou me révolter sur l’inégalité des femmes contre les hommes. Ce que je ferais sûrement. Lorsque que j’aurai remis mon cerveau en place.

Alors j’écris.

J’entends mes voix intérieures me jugeant férocement. Tu écris comme si tu écrivais un roman, ton blog ce n’est pas un roman. L’esthétique ne compte pas sur ce territoire. Sois claire, précise, concise. Comme en cours. Or, mon blog n’est pas une zone de cours. Justement, j’ai forgé celui-ci pour m’exercer à graver des phrases naturellement, pour m’enlever cette angoisse des répétitions, des maladresses, des tournures trop pédantes, vaniteuses, poétiques. Jamais, pourtant, je n’enlèverai la poésie et les images.

C’est peut-être cela le tréfonds du problème.

Comme un souffle d’horreur, cette musique endiablée, un requiem que j’essaie de fuir lorsque mon juge double réapparait. Ce maelstrom inexplicable, mystique, que l’on pressent mais que l’on ne voit pas. Je dessine mes traumatismes. J’écris le monde. Je souhaite peindre par les mots la psychologie et la douleur, je désire blablater sur tout, surtout des arts, car les arts sont le monde. Tout du moins une fenêtre sur notre société. J’aimerai gueuler sur cette société patriarcale, espérant que, peut-être, mes petits textes permettront de faire prendre conscience que les femmes sont encore très éloignées de cette utopie de l’égalité. Je voudrais monter des dossiers présentant des mouvements dans l’histoire pour expliquer pourquoi, à cette ère, l’on pensait comme ça. Dans la subjectivité la plus totale. N’oublions pas que l’objectivité ne peut exister, cela signifierait que nous sommes tous conditionnés, tous robotisés.

J’ai ouvert mon papier, affiché sur mon écran illuminé.

Sans préparation, ni de notes.

Juste une spontanéité me surprenant encore.

J’ai tant de mo/aux sur le cœur. J’avais besoin de le poster.

Critiques littéraires

Les fiancés de l’hiver

Voyage au cœur de l’hiver, le froid tremble, blanc et magique, dépaysant et léger ; au cœur d’une citadelle enneigée, elle vole par l’imagination d’un écrivain bourré de talent. Le dépaysement est complet, on nage d’abord sur une arche familiale où les éclats de rires, le bonheur, l’insouciance naviguent sur les personnages légers dont l’une se révélera l’héroïne d’une aventure d’une vie, sa vie. Ophélie, l’enfant recluse dans son musée se révèlera impératrice courageuse, songeuse, toujours marbrée de faiblesses, de failles la rendant attachante, vulnérable, une jeune fille tantôt banale, insignifiante, forte aussi, décidée ; d’un mariage qu’elle n’aura pas cherché elle sera obligée. Son prétendant est son opposé, Thorn le glaciale tout aussi fascinant que cette enfant fragile ne s’affaiblira pas quand il ressentira un grain d’amour pour cette maladroite, pourtant le couple ne se dessine pas sous de bons auspices, ils ne s’adaptent pas, ne s’adoptent pas au premier abord. Le temps joint ses mains dans une mélodie atypique, réaliste, les deux protagonistes sont construits dans l’équilibre d’un univers maitrisé, d’une relation prenant son temps, paresseuse peut-être mais grisante sûrement. Ils sont deux animaux méfiants qui, au fil des pages, des lignes se rencontreront. C’est mêlé de sentiments, de ce début que l’on a tous ressenti, de ces inquiétudes connues par tous.

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The Christian Martyr [Detail] Paul Delaroche, Charles-Francois Jalabert, 1853

Le réalisme prend une teinte légère, le sombre nuancé de poésie quand on s’immerge dans le décor des arches différentes. Anima puis la Citacielle, toujours cette dualité, l’une est progrès tandis que l’autre se montre féroce, sauvage, un territoire inconnu qui se montrera contrôlé par une horde d’une famille dissipée en plusieurs clans. Alors le mariage devient un enjeu politique, les pouvoirs de notre jeune adorée sont convoités pour une ombre livresque mystérieuse. On s’attache, on se débat, on ne lâche pas les pages : jusqu’au bout on partage l’existence à l’origine calme de la demoiselle transformée en tempête, incertitude, incompréhension ; pour survivre, elle se métamorphosera, c’est là une métaphore d’un bourgeon grandit, devenant rose toujours aimant les principes. La neige s’élance au-delà du roman, on sent, on imagine, les esquisses s’affolent dans notre imagerie collective, d’ailleurs, les références font plaisir car elles parlent d’un onirisme artistique : Myasaki puis A la croisée des mondes, symboles d’une jeunesse, d’œuvres merveilleuses ; Madame Dabos dilue ces petits détails sublimant son intrigue, donnant une magie d’un voyage. 

On doute de son intégrité avant d’ouvrir le premier tome, mais, dès ces premières pages l’on se sent happé, enlevé pour vivre dans le métro, dans le train, dans son lit, une aventure au-delà du quotidien ; pour voir des planètes de nouveautés, de poésie subtiles, de décors foisonnant. L’auteur nous invite dans son imaginaire, partageant avec nous non seulement une histoire, une intrigue menée avec délice, mais aussi dans un univers coloré, pétillant, acidulé. Une ronde, une danse dans laquelle se réunissent des existences, des caractères multiples. Ils ne sont pas stéréotypés comme la plupart de ces personnages de papier Young Adult, ils sont chair et ambitions, principes et dévotion, force et faiblesses. De personnage que l’on aimera, d’autre que l’on exécrera, les affinités se délitent, tous ont une tâche d’attachement, une humanité dérivant dans leur prouesse de personnalités marquées.

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George Frederic Watts, Time, Death and Judgement, Oil on canvas, 1886.

Je craignais, je ne crains plus. Le coup de foudre n’opère pas car la plume semble hésitante (et je suis méchamment sélective sur le style) seulement elle offre vie à toute une palette, tout un monde flamboyant sous des étendues de neiges ; un peu d’Alice aux pays des merveilles aussi apparait par ces manies amusante d’un lieu changeant, d’une zone de confort jouant avec les habitudes de lecture. L’on aime à se blottir dans ce palais, dans ces ruelles, suivant le sillon de notre jeune pousse innocente. Quelques éléments comiques, cocasses s’imbriquent dans le récit par les attitudes vibrantes de nos préférés, des remarques bien senties jaillissant d’entre les lignes. La présence de l’écrivain tressaute de temps à autre, chose que j’ai vraiment apprécié. Elle connait, elle aime son au-delà forgé. C’est une noyade dans le cœur d’un éternel voyage, une invitation sucré de se plonger dans les aventures fabuleuses d’Ophélie et de Thorn, l’inspiration nordique flottera par les noms et les détails de ce pays enchanteur, un conte se formera, renouant pour les grands avec cette sensation de mélancolie d’une jeunesse perdue mais retrouvée avec ce livre dans nos mains. C’est une française représentant ce genre sur exploité aux Etats Unis, qui peint un chemin pour notre pays. Serait-elle la nouvelle Rowling qu’elle le mériterait totalement.

 

PS : mon avis se confirme et se renforce à la lecture du deuxième tome : une merveille.

Critiques littéraires, Paroles féministes

Martin Eden ou la misogynie cachée

Enfin, j’ai fermé Martin Eden. Pour peu, j’aurai versé une larme, plusieurs même, sur cette fin tragique, implacable, logique, attendue que nous propose l’auteur. Martin Eden c’est une rencontre sur les bancs de la librairie, il était allongé parmi une pile d’autre de ses semblables, un tableau d’un peintre inconnu, un résumé séducteur. L’écrit semble une passion dont je ne quitterai jamais l’essence, un amant de papier dont j’aime caresser la plume pour transmettre la vie. Cette histoire d’un homme s’émerveillant et découvrant le monde par la lecture et l’écriture ravissait mes idées. J’imaginais déjà la trame. Qu’étais-je loin de me douter de la profondeur de ce roman colérique, hargneux, ayant également des comptes à régler avec les institutions hypocrites de la bourgeoisie, de la société. Rien n’a changé. Toujours, aujourd’hui, de trop grands auteurs essayant de vivre de leur plume sont placés dans l’oubli de la méfiance du trop grand. Néanmoins… j’ai trouvé tout de même quelques petits défauts, dus, peut-être, à la période, mais titillant mon exaspération de féministe.

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Jack London, Martin Eden, 1909, Folio

Martin Eden c’est le synonyme de Jane Eyre, en masculin. C’est ce marin de la classe ouvrière ayant pour langage sa rage, sa violence, sa vulgarité mais un vivant parlé, une existence de travail harassant auquel il prête sa force, c’est sa hargne de vivre, les testostérones victimes de ses poings prêts à l’emploi, prêts à cogner. Martin Eden, il va dîner chez une famille de bourgeois, le gaillard n’aura jamais croisé l’amour, le vrai jusque-là, il ne se sera pas battu pour obtenir l’idéal rêvé de la fémininité. Une séraphique jeune femme, apparition lumineuse dans une pièce cloisonné telle une scène de genre de Vermeer. Martin Eden, dès qu’il la voit, va l’aimer, un amour enchanteur au début, des ailes lui poussent et le voilà parti vers l’immense bibliothèque de sa ville. Martin Eden, c’est le symbole du désir de l’émancipation. Le souhait de l’ambition foudroyant les classes pour s’élever dans une société hiérarchisée. Mais Jack London est sournois. Il amène le lecteur à cette réflexion cruelle, que même si l’on rencontre le succès, si l’on se hausse au-delà de sa nature, l’on récupère certainement de la fausseté, de l’hypocrisie.

Car vivre en société demande des devoirs d’obéir à des codes, à des encadrements, à des rites dont Martin Eden n’arrive pas à se faire. Martin Eden ressemble à l’Albatros de Baudelaire, cet oiseau se posant sur les maisons des riches sans pouvoir bien marcher, tanguant dangereusement de côté, manquant de renverser les objets de valeur et de cogner par ses phrases savantes la tête des gens qu’il ne supporte pas (et que je ne supporte pas). Parce que l’homme a grandi quand il a commencé à lire. Au début, certes, ce fut hasardeux, il tâtonnait, à la recherche d’un amour souhaité ardemment, pour l’amour de cette fille de la haute classe, cet être imprenable mais non impénétrable. Si j’avais été Jack London, je l’aurais modelé en cette fille inaccessible par sa beauté spirituelle, sa pureté innocente, elle aurait eu le visage des anges, diaphane et terriblement attractif, une femme emprunte de l’ambiguïté de Dieu et du Diable. Or, l’artiste la dépeint comme une fille victime de son éducation, empêtrée dans ses convenances, ses petite valeurs esthétiques de riche fille sans cervelle.

Nous, femmes, sommes-nous donc condamnés à lire des personnages de notre sexe représentant le vice ou diabolisé ? Car Ruth, d’un point de vue interne, mon humble point de vue, je ne l’ai pas aimé. Parce qu’elle est réellement décrite comme une bourgeoise enfermée dans ses préjugés, à trouver une situation pour la maternité. Certes, le livre a été écrit en 1909, là où la situation des femmes était encore très précaire, considérées comme d’éternelles mineures. Néanmoins s’il avait pu lui donner des pensées plus construites, des sentiments plus aboutis au lieu de peindre un cliché abominable de la femme de la bourgeoisie j’aurais fortement apprécié. Alors, évidemment, j’entre encore une fois en opposition avec les nombreux avis de la blogosphère, qui ont eu le mérite de me faire ouvrir les yeux sur le manque de considération qu’il apporte à certains de ses personnages. J’ai même la désagréable impression de cogner le contraire à chaque fois que je lis un livre dont j’entends beaucoup parler. Mais lire les articles m’aident déjà à ouvrir les yeux.

Oui, il y a de la vérité, de la spontanéité. Ce livre est grand, par sa qualité, réceptacle d’émotion. Mais il a mal vieilli. Quand les voix se portent sur les sévices infligés aux femmes que l’on entend pas, ne serait-il pas mieux de se servir de ces romans passé à la postérité comme outil pour combattre la misogynie ?  Le problème, outre quelques propos sexistes pardonnables pour son époque c’est que Martin Eden, dans le fond de sa pensée, puise dans une histoire émouvante pour ségrégationner le mâle (génie critique) et la femme (elle ne sait rien, elle n’a aucune personnalité). Alors je le redis, je le précise : je suis tombée amoureuse de la plume de l’auteur, ces descriptions comme plusieurs peintures qui défilent devant nos yeux éblouis par la beauté, cette critique acerbe d’une place convoitée que le personnage principal n’obtiendra jamais, ce combat entre l’idéal et la réalité amenant à une détresse de l’âme plus grande encore. London sublime ses émotions pour les balancer dans des phrases magnifiques. Je suis simplement malheureuse de constater encore que la femme, ici, fait office de mégère, de manipulatrice. Quand Ruth apparait, elle figure une femme désagréable, capricieuse, immature. Prisonnière des visions masculines de la femme, elle prend le rôle du stéréotype abominable de celle qui ne se forge pas de personnalité, qui répète comme un perroquet et, lorsqu’elle abandonne son fiancé et vient le retrouver, ce n’est que par pur intérêt. J’aurai pu penser que Ruth métamorphoserait Martin Eden, par l’amour qu’elle lui donnait… Malheureusement, prisonnière de son cliché, Ruth aurait pu être mieux construite, elle n’en est qu’une victime. Victime des jugements faussés par une fierté mâle insupportable.

Pour mieux m’expliquer, j’ai eu l’intime conviction que Jack London, se disant si agile d’esprit n’avait pas encore atteint l’esprit féministe, lui aussi captif des idéologies misogynes de ses contemporains, il a beau critiqué son époque (il a raison, pour plusieurs points, ce roman m’a touché et ému), il n’en reste pas moins que lui aussi peut et doit être critiqué. C’est vrai, les femmes n’ont pas eu de place dans l’histoire et notre patrimoine, considérées comme des pécheresses, des fauteuses, le mal ancré en nous. Ce roman, avec toutes ses qualités, se noie dans ses propos sexistes, dans sa construction fragile de la femme. Egoïste, égocentrique, il se concentre sur son Martin plutôt que d’ouvrir au champ du partage entre deux êtres égaux. C’est bien dommage.

Choses vues

Réserve

Le dessin s’écaille, une allure de pourriture sur un format grand aigle. Des coups de graphite peinent à trouver la forme du crâne demandé tandis que la créatrice s’échine à paraitre autre qu’elle-même. Leur a-t-on demandé de se complaire dans la convention immanente d’une société absurde ? Gauguin barbouillait ses toiles de figures féminines, un brin de nauséabond derrière la Tahitienne, l’ombre d’une mort sirupeuse. Le crâne sourit de ses dents gâtées, auréolé d’encre mélangé avec du bronze acrylique. Mais il y en a trop dit le professeur. Le problème qui se posera répondit-il, c’est cette manie que tu as de déformer, l’on ne voit pas le crâne, l’on regarde un ramassis d’ânerie, un amas d’abstrait, une matière expressive sans ébauche préalable où se formerait le De Vinci. Alors, l’étudiante, énervée, lassée, ramassa ses affaires, dans son sac usé, témoin de trois années de licence où, déjà, elle parvenait avec effort et mouvement, à s’affirmer, à reprendre cette lueur minuscule synonyme d’espoir, d’estime en soi. Aujourd’hui, elle se fane de la vie, elle pose ses yeux vers les cieux comme un vieux compagnon mortuaire, une barbe de nuage et l’astre soleil éblouissant dans ce froid hivernal. Elle a les mains gelées, les phalanges glacées par la température barbare. Sous son bras, un rouleau où la production sera délaissée dans un coin de son appartement. Elle en a marre. Elle ne souhaite pas mourir. Elle a des choses à faire. Des intentions à exprimer. Elle écrit d’ailleurs, un court texte pour expulser la colère, courroux suintant des pores de son clavier. Elle semble cette terre stérile qu’ils aimeraient formater, modeler. Elle n’est pas d’accord avec le gouvernement actuel ni avec les décisions prises pour les arts plastiques. Cette matière qu’on dénigre pour une société cartésienne, où l’argent mérite les éloges et la créativité la mort.

Critiques littéraires

Daddy Love

Mes doigts ne frappent plus si fort sur mon clavier, ne remplissent pas les feuilles vierges ; j’ai du mal à écrire, non parce que je ne suis pas inspirée ni par manque de temps, c’est la faute à une pression imaginaire, à une méthode que je m’impose et qui ne me convient pas. Je commence d’ailleurs mon introduction n’ayant aucun lien avec le livre que je vais vous présenter ce soir. Le besoin de m’exprimer se fait pressant. Comme une bouteille à la mer, des écritures maladroites sans vie, sans âme. Depuis deux jours, Daddy love repose sur ma pile de mes livres lus ce mois-ci, un livre dont je voulais absolument parler. Il a fait le tour de la blogosphère l’année dernière et, à chaque fois que mes yeux se fixaient sur les articles, l’envie de le dévorer, de découvrir les mots suintant de Oates. Pas de plan, pas de mots dans mon carnet abandonné, juste des paragraphes suivant une ligne directrice que je construis en même temps que j’écris.

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Joyce Carol Oates, Daddy Love, 2013, édition points

Daddy love. L’histoire d’un style. Le roman s’ouvre sur trois chapitres, une répétition d’une même scène. Banale en apparence puisqu’il s’agit d’une mère et de son fils qui cherchent leur voiture dans un parking de centre commercial. Tellement simple, tellement quotidienne. Ce moment, nous l’avons vécu, plus d’une fois même. Or, nous avons été chanceux. Terriblement. Car la banalité (que j’assimile à la mort) devient intense, se métamorphose en instant, cinq minutes peut-être, s’étendant au fil des pages. Un rythme saccadé. Une inquiétude immense dans les cœurs. Une angoisse idiote pour la mère agrandissant alors le dramatique, la tragédie de ce simple moment banale. Elle va perdre six années de sa vie, une existence de mère atrophiée par un homme. Est-ce vraiment un être humain celui qui enlève un enfant pour assouvir ses pulsions pédophiles ? Ne crachons pas autour du pot, j’ai peut-être spoilé le livre (et encore vous n’imaginez pas à quel point le malsain coule entre TOUTES les pages) mais il fallait que vous vous prépariez psychologiquement. Je tape les mots dans une frénésie du choc car rare sont les expériences de lectures aussi glauques que j’ai pu avaler durant mon existence de lectrice. Daddy Love, je le place même devant l’Exorciste (et vous savez tous à quel point celui-ci m’a marqué). Le début, monstrueux se tisse avec la fin. L’autrice peint un cercle, un tout de drame, de malheur, d’analyse d’une société. Comme les peintures de Marlène Duras, elle y met une touche d’humanité, dans sa pire décadence. L’effet des tripes exposées, de l’angoisse prégnante, du cœur qui s’affole traverse les veines, la lecture devient physique.

Rare sont les auteurs me transportant dans des mondes irréels, plus rares encore sont ceux qui transcendent le réel. Car Joyce Carol Oates ne coud pas de dentelle, ne prend pas soin de son lectorat, elle leur balance des poignards à la gueule. Par des coups de phrases bien placés, un style épuré, minimaliste, là pour choquer sans gratuité. Tout a un sens ici, une bonne critique de la société (l’on connait tous les affiches des enfants disparus au commissariat de notre ville), les pédophiles en liberté, le manque de moyen entraînant la perte d’innocents. Ici, il s’agit d’un petit garçon de cinq ans, tout tendre, vif, alerte, intelligent, détruit par un malade. Les chapitres s’alternent en plusieurs point de vus. J’ai été fascinée par les quelques chapitres traitant avec perfection Daddy Love, Daddy Love. Figure du diable, un diable humain. Dangereusement humain dans ce qu’il y a de pire chez l’humanité. Freud aurait été ravi de lire Daddy, car les pulsions, la mégalomanie, les désirs sexuels sur un enfant, les sévices, le pouvoir, la domination… Rien ne nous est épargné. Oates brise un tabou ancré dans les chairs de la société puritaine des américains (française aussi) : la pédophilie. Bien sûr, tout le monde s’apitoie sur le sort de ces pauvres êtres juvéniles, mais on oublie vite, rapidement. C’est trop dérangeant pour la routine, on a déjà nos propres soucis alors si on rajoute une couche. L’autrice l’a fait elle, d’en rajouter une couche noirâtre. Elle n’a pas hésité une seule minute d’ailleurs. Et je lui en suis reconnaissante.

Parce que ce roman, en plus d’être une fiction (tout est relatif cela dit ce genre d’histoire existe dans la réalité) provoque des émotions odieuses, mais ce genre de sentiments percutant resteront dans les veines du lecteur et laisseront un souvenir durable. J’ai été choquée, il m’en faut beaucoup pour être aussi traumatisée. J’ai pris une claque, une énorme sur mes joues, dans mon âme. J’ai voulu serrer très fort contre moi ce petit Robbie qui n’avait rien demandé mais qui a vécu l’enfer. Je ne conseillerais pas ce livre pour les sensibles, mais il faut le lire.  

Les séléctions

Entre ciel et terre

En pleine réflexion sur moi-même, cherchant à me retrouver, me débattant avec des problèmes existentiels et une conscience en décalage avec mes expériences sensibles, je balance une bouteille à la mer (sur le blog du coup) en vous proposant cette sélection traînant dans mes brouillons depuis quelques mois. N’ayant pas eu le courage d’écrire, un blocage, une peur hargneuse, vive, vicieuse dans le coeur, j’ai décidé de la prendre par les cornes et de la jeter au loin. Alors l’acte d’écrire grossit pour devenir un mont Olympe qu’il faut savoir dominer. Petit à petit, j’essaie de la surmonter cette peur de l’incapacité à produire de la qualité (à défaut de quantité), à pouvoir transmettre des émotions, des sensations, de la pensée, à pouvoir partager ce qui galopent dans ma tête, à verser ma colère, ma joie, ma peine, mes doutes pour entendre un écho peut-être chez d’autre. Alors je me suis immergée dans la contemplation, je me suis accordée un temps de pause, pour découvrir, apaisée, ces trois œuvres sublimes, recelant une part de merveille et même de mysticisme.


ENTRE CIEL ET TERRE de Jon Kalman Stefansson

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Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et Terre, 2010

Après la lecture d’une chronique du roman Entre Ciel et Terre, livre vu plusieurs fois si ce n’est quotidiennement sur les tables de ma librairie favorite, j’ai décidé de sauter le pas, de me disposer à m’immerger dans ces phrases dont les citations déjà me chamboulaient le cœur. L’Islande ou la Norvège ou le Danemark, trois pays du nord, là où la volupté de la glace résonne dans les veines, les gèlent mais les ramènent à une transcendance divine. Parce que j’aime quand ça exulte mes sentiments, là, masqués sous une couche de raison, sous une tonne de stress, sous une cathédrale de règles et de conventions que j’exècre.

Surprise par le système narratif, un chœur de voix sublimes. Ce sont les morts parlant pour les vivants. La frontière entre la chair et l’intelligible s’écarte, s’éclate par les paroles chantées, par les rares reproches faits à ce personnage, cet enfant de rien, un pêcheur débutant bravant les vagues du danger, dans ces flots amers. C’est la force de l’inconnu, de cette mort rôdant partout autour de ces âmes se dépeçant pour un peu d’argent, de quoi survivre. Les dialogues entremêlés dans les descriptions paraissent un cortège portant le spectateur (non pas le lecteur)  dans un au-delà, tangible mais intangible, une matière de sons, de lumière.

L’amour que je porte à ce livre m’a convaincu d’entreprendre un nouveau texte, d’écrire des phrases pareilles que son système narratif, des éclats de pensées, une manière de voir le monde. De l’apercevoir dans sa beauté absolue plutôt que dans sa laideur affolante. Ici, on prend le temps de déguster les phrases, enroulée dans un plaid, près de la chaleur artificielle d’un radiateur, on oublie pour fouler de nos yeux l’univers. Il m’a donné envie d’écrire, de peindre et rendre plus beau ces moments de rien, ces instants du quotidien que l’on méprise souvent. Après tout, qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que les jours sinon une continuité de secondes, de minutes, d’heures créant des sentiments, des émotions qu’il faut savoir apprécier pour exister.


OCEAN MER d’ALESSANDRO BARICCO

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Alessandro Barico, Océan Mer,

J’en parle si souvent, je me passionne si fréquemment pour cet ouvrage, que dis-je, ce réceptacle à grandir, à se chercher, à se pardonner. A aimer la vie. Non au sens manichéen du terme mais à apprécier ses couleurs tantôt pâles, tantôt pétantes. Comme Entre Ciel et Terre, Océan Mer (on remarquera aussi le lien avec ces deux titres, tous deux si magnifiques) offre sur un plateau d’argent et d’or, des voix, des successions de personnages tous abimés par la vie, par une existence peinturlurée de peines, de douleurs, de souffrances.

Elle se sent.

Partout dans les lignes, dans la poésie des mots, par le rythme doucereux des vagues, d’une écume harmonieuse. Et puis. Le ravage. Le naufrage. L’agonie de ces marins en prise dans la tourmente insoutenable de la mort. Hosanna mer.

Hosanna, la grandeur, la déesse mère, Dieu peut-être. Calme, sage, gentille. Soudain féroce, conquérante, gourmande de ces êtres, humains, les emmenant dans l’abysse d’un néant, d’une terreur. La terreur universelle du rien après la vie. Alors, comme si l’on regardait à la place Du voyageur contemplant une mer de nuages, cette toile romantique de Friedrich, on se sent minuscule. Spectateur, lecteur, simplement matière pensante, totalement pénétré par cette scène s’effilant sur plusieurs pages. C’est une détonation de… tout. De l’univers entier. De la transcendance de Dieu. Alors si Dieu existait, il serait là, dans ces pages, dans ce passage.

Hosanna Mer.

Depuis j’aimerai nommer ma fille Hosanna. Depuis j’aimerai écrire un livre sur cette apothéose. Cette beauté stellaire. Peindre aussi, de gestes violents, retrouver cette sensation, cette émotion intense enfouie dans les lignes de l’histoire de Barricco.

Autant dire tout de suite que cet auteur est un roi. Celui qui m’a ému aux larmes. Quand on ne trouve plus les mots pour exprimer ce phénoménale dans les veines, on sait que l’on se trouve en face d’un talent majestueux.


 

Critiques littéraires

Une maison de poupée d’Ibsen

Je ne lis que très rarement des pièces de théâtre, sûrement car je ne me confonds pas directement avec le personnage, qu’une pièce de théâtre doit être vue, ressentie tactilement ou, du moins, se vivre par le jeu des acteurs et de la catharsis. J’avais pourtant acheté cet exemplaire d’Une maison de poupée car j’avais partagé ce moment de spectacle avec ma mère. Ma mère qui, en sortant de la salle, fut bouleversée, dans son corps entier rugissait des réflexions qui lui étaient propres, je n’oublierai jamais l’état que j’observais chez elle, ce mélange de révélation allié à une palette d’émotion qui se compulsait clairement sur les traits de son visage. Cette vision, je m’en souviens encore et m’en souviendrais toujours. Alors je n’ai pas hésité quand j’ai vu ce minuscule livre étalé sur une table de ma librairie. Je ne l’ai pas lu tout de suite, j’ai laissé les années s’écouler lentement, sans jamais y poser un œil. Ce n’était pas le moment. Pourquoi ce fut le moment au début du mois de Janvier, cette nouvelle année à peine entamée ? Je n’en ai aucune idée.

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Une maison de poupée, Ibsen, 1879.

La première chose qui frappe c’est le ton, non, c’est le naturel et la rapidité. Je n’ai pas l’habitude de lire un livre à grande vitesse, mais, cerclée de tout part par l’intrigue, somme toute, simple et épurée, j’ai lu l’entièreté avant de dire ouf. La préface donne quelques informations dont je n’étais pas d’accord au moment où je la lisais, seulement après cette expérience redoutable de lecture, j’avoue qu’en réalité ce qu’il avance est vrai. L’on dit d’Une maison de poupée qu’elle est féministe, centrée sur Nora, personnage que beaucoup de comédienne rêveraient interpréter, ce serait cloisonner l’œuvre et son propos. Bien sûr que ce drame a été écrit comme une critique de la société patriarcale de l’époque (mon esprit féministe en tout cas le voit comme ça), cependant il ne décline pas seulement une morale claire, précise, concise. Ce qui me fascine dans la littérature et le pouvoir des mots, outre le fait de les manipuler et de s’en délecter, outre la thérapie apportée (car les livres peuvent sauve la vie, je ne le dirai jamais assez), outre l’activité jouissive de notre cerveau lorsqu’on se met à participer avec les phrases et l’histoire, c’est la magie de la singularité. Une œuvre ne sera jamais perçue totalement par tout le monde, chacun y verra avec sa propre sensibilité. Or, Une Maison de Poupée est universelle. Elle porte en son sein les affres de l’âme humaine, dans ses répliques, dans ses dialogues, sans nous perdre par trop de veines différentes, en ciblant un problème essentiel, il cherche la valeur de la vie, de la famille, il questionne.

Le drame se joue en trois actes, rien de plus classique dans la forme de ce texte. Les préjugés douteront certainement de la qualité car l’auteur utilise une méthode efficace, accessible, gardant l’unité de lieu, de temps et d’espace. Il scénographise le moins possible pour augmenter l’intensité du drame qui se déroule devant nos yeux. Le noyau du couple se désagrège par un acte inconscient de la femme, par amour pour son mari (avec un peu de fierté et de narcissisme tout de même). Elle souhaitait lui sauver la vie. Nous nous situons dans une période conservatrice de l’histoire de la Norvège, là où les femmes étaient prisonnières, dépendantes des désirs de leurs maris, enfants sous la tutelle d’un homme, inférieures au joug masculin. D’ailleurs, lorsque le mari apparait, les mots sonnent creux, insipides, complaisant, ivres de leur sublime dominance envers la femme. Au premier abord Nora paraît femme-enfant, n’était-ce pas ce que l’on demandait aux femmes à cette époque ? D’être belles, merveilleuses, mais jamais trop intelligentes, jamais trop critiques, jamais trop indépendantes, jamais trop elles. D’autres personnages tourneront autour de ce couple, un couple qui n’en exhibe que le nom, pas la définition. Chacun amènera à la conclusion.

Je m’ennuyais un peu pendant le premier acte et le début du second puis, soudain, lorsque Nora doit affronter ses actes tout prend sens. Un crescendo sublime de tension, le cœur battant fortement entre les côtes, enfin le dénouement, surtout le langage qui s’amorce, dur, raisonnable, surtout, merveilleux de vérité. Je ne m’y attendais plus, j’avais oublié la scène que j’avais vu. Le lire, dans l’intimité d’une chambre, dans la chaleur d’une couette trouve un écho particulier, une sensation phénoménale, dans l’esprit et le corps. D’abord le corps qui s’enlace dans des torpeurs révoltées, dans des acclamations, dans une révélation. Ensuite l’esprit, qui ingurgite, qui analyse, qui essaie de trouver un sens, son sens. La remise en question. Qu’est-ce qui nous définit ? Nos actes ou nos pensées, ou notre richesse ou notre corps ? Qu’est-ce qu’une femme sinon qu’un homme portant une robe, un être doué de désir et de passion, d’angoisses et d’humanité ? Le désœuvrement quand le mari (j’ai même oublié son nom puisqu’il a tout du stéréotype de l’homme virile gouvernant son épouse comme une propriété) est suffisamment abruti pour ne pas comprendre l’enjeu, la vérité céleste jaillissant de la lassitude, de la découverte d’un visage répugnant de sa condition.

J’ai posé le livre, j’ai respiré. Ma gorge obstruée par les palpitations de mon myocarde à la fin de la pièce, je redécouvrais des questions simples mais auxquelles l’espèce humaine n’a toujours pas répondu. Car ce n’est pas une œuvre universelle, c’est une œuvre intérieure qu’il faut posséder avec ses sensations et ses émotions, sa propre histoire et sa propre singularité. Bien sûr que l’œuvre trouvera un sens commun, le dessus de l’iceberg, mais, à la lecture de ce temple, de cette pièce de théâtre que je considère maintenant comme une œuvre essentielle à ma vie de lectrice, j’ai surtout pris conscience d’une quête intérieure et des nombreuses portes closes qu’il faudrait détruire pour parvenir à soi même.

Cosmologie introspective

2017 dans le passé, 2018 dans l’espoir.

L’envie d’écrire un article de blog me titille passionnément. Je cherche. Je cherche. Une dizaine d’articles inachevés, gardés dans mes brouillons semblent s’assoupir encore pour un bon moment. Deux semaines que j’ai délaissé l’activité de mon territoire d’amatrice journaliste. Je ne voulais pas faire comme tout le monde également, des articles sur la fin de l’année, les coups de cœur littéraires et cinématographiques. Mais janvier s’approche, doucereux premier mois annonçant une nouvelle année. Toujours, le cœur s’affole. Un peu distrait. Un peu désorienté par les prémices d’une inquiétude se dessinant vers les mois où le changement s’annonce. Je vais reprendre cette tradition d’un bilan en vous dévoilant les fameuses choses que j’ai apprise, ayant bouleversé ce 2017, somme toute, une assez bonne année.

La confiance en toi tu apprendras.

Problématique sociétale, riche en blocage. Vingt-trois ans puis vingt-quatre, des doutes, des questionnements. Je n’en suis pas capable me répétais-je vivement lorsque je commençais une activité. Si je ne me suis pas arrêtée, c’est parce que j’ai besoin de ces trois passions. Un besoin vital d’ailleurs. La lecture. L’écriture. Le dessin. La lecture faisant partie de moi, je n’ai pas de mal à m’absorber une, deux, trois heures dans la journée, à m’engouffrer dans les pages.  L’écriture tisse un lien étroit avec la lecture. Lire me donne envie d’écrire, de faire vivre sur des pages de papiers des actions mouvementées, des portraits déchirées, des analyses psychologiques pour les grands meurtriers. Cependant, écrire me demande un effort certain. Non parce que je rechigne à la tâche, surtout parce que j’ai peur de mal faire. Car je sais que ce que j’écrirai ne sera pas à la hauteur de mes exigences. Enfin, le dessin. Etant étudiante en arts plastiques, j’ai besoin de dessiner régulièrement et, pendant mes trois années de licence je n’en faisais rien. Une stratégie d’évitement comme me dit souvent l’un de mes profs. Un beau jour, je me suis réveillée avec cette phrases soudain évidente : « si tu ne fais rien, tu ne progresseras jamais. ». Il m’a fallut trois ans pour comprendre qu’un « talent » artistique n’apparaissait pas à la naissance, qu’il n’était pas inné. Depuis, j’essaie de dessiner tous les jours et plus les jours passent plus j’apprends à apprécier les quelques esquisses que je produis.

Ne pas subir la domination d’un petit ami.

J’ai rencontré un homme. Histoire banale dans une existence atypique (car chaque personne étant différente, chaque vie est différente). Ce fut ma première rencontre où je découvrais les rondeurs exquises de l’amour. Or, de cet homme je ne l’aimais pas. J’étais simplement reconnaissante de l’idée qu’il m’aime. Là, on s’approche d’un véritable problème. Celui d’une relation malsaine. Car si, dans un couple, l’un des deux se sent si inférieur à l’autre, l’autre pourra à loisir le manger ou l’écraser, prenez le terme qui vous convient le mieux. J’ai tout, absolument tout fait pour lui, lorsqu’il me faisait pleurer avec ses remarques puériles, je me taisais. Lorsqu’il tentait de me dominer à coup de débat politique sans jamais m’écouter, je me taisais. Jusqu’au jour où, lorsque j’ai craqué il a voulu me quitter j’ai réalisé. Réalisé que cette rupture me soulageait, me libérait. Et, dans ma tête je l’ai remercié. Car une femme ne doit ni subir la pression familiale, ni sociale, ni dans un couple. Car une femme mérite, elle aussi, de prendre du temps pour elle et de dire les choses, ces sentiments qu’elle referme au fond d’elle pour ne pas blesser l’être aimé. Cette relation m’aura permise de réfléchir sur moi, vers quelles personnes étais-je le plus attirée, vers mes souhaits d’avenir. Comme le dit Simone de Beauvoir « L’homme se pense sans la femme. La femme ne se pense pas sans l’homme », pour les années à venir j’aimerai changer cette maxime, me consacrer à mes projets d’avenir sans ployer sous les désirs d’un homme.

Je suis devenue féministe.

Lors des vacances d’Octobre, une semaine de repos chargée en sommeil ; j’ai profité de ce temps de pause pour lire quelques articles de blog (je ne lis pas les articles de grands journaux souvent manipulés par la société et le système). Grâce à Histoire Vermoulue, j’ai découvert Buffy Mars. C’est grâce à cette femme que la prise de conscience, drastique, m’incita à ouvrir les yeux. A ne plus être dans le déni. Les premiers jours, se passèrent dans la torpeur, comme si j’avais décelé dans le lointain de mon île déserte une autre population voisine, population solidaire, fervente protectrice de l’amélioration des droits de la femme, de l’autre. Mes paupières se sont ouvertes quand j’ai constaté que la société dans laquelle je vivais (et que je n’aimais guère) s’alliait aux hommes et dénigrait les femmes, qu’elle se masquait sous le voile égalitaire alors que, dans les films, les séries, la littérature pour jeunes adultes, la femme est échue dans un stéréotype datant de mille siècles. Rien n’a changé et tout est à modifier. La femme est devenue plus indépendante certes, cependant, beaucoup pensent qu’il en est ainsi depuis deux trois siècles. Je tiens à dire que la femme a obtenu son chéquier en 1971, soit, même pas quarante ans de nos jours. Depuis le mois d’Octobre, je réfléchis, je m’oriente vers des articles politiques, je m’exclame, je m’insurge contre ces mâles n’ayant aucune conscience des droits, privilèges leur étant accordés. Plus qu’aux femmes.

La pression des études tu jetteras.

Septembre, master enseignement. Septembre, le début de certains symptômes alors inconnus ou ignorés. Une période où mes jambes ne pouvaient plus me soulever, où il était difficile de faire un pas sans douleur psychique. Là où mes notes dégringolèrent, là où j’ai remarqué qu’effectivement, dans cet état de panique frisant l’absurde il fallait que je déconstruise tout pour mieux reconstruire. La valeur première pour bien réussir, c’est l’amour que tu portes à tes études, la valeur affective que tu portes à tes connaissances, tes professeurs (guides des plusieurs années peut-être). Ne pas se laisser démotiver, décourager par les on-dit. On le sait, tous, que les concours sont difficiles mais un ratage n’est pas la fin du monde. Au contraire, ça peut être le début d’un nouveau chemin. Tu n’auras pas perdu une année, ce que tu auras appris te serviras plus tard. Ces quelques phrases me rassurent, la ligne imaginaire de progression également. Je sais que j’apprends en lisant, que j’écoute énormément, que ma bataille ne se confronte pas à une paresse nerveuse mais plutôt à une angoisse terrible qu’il faut que j’apprenne à balancer par la fenêtre. Entrer dans un état de concentration intense, un sage en action lorsque je me trouve devant ma feuille vierge.

Un blog pour partager.

En réalité, mon blog aura presqu’un an car j’ai ouvert mon premier en janvier dernier. Mon ex voulant supprimer mon nom de domaine j’ai déménagé. Puis j’ai voulu reprendre un nom qui m’appartiendrait. Cette fois-ci je me suis forgé un nid dont je ne bougerais plus. J’ai réfléchi à ma ligne éditoriale, j’ai trouvé quatre axes qui m’obsèdent, me fascinent, me passionnent : la psychologie, la littérature, l’art, le féminisme. J’en rajouterai d’autre, quand mon blog commencera à se remplir de pas mal d’articles. Hétéroclite, à mon image bordelique, il me plait et, changeant, se mouvant au grès de mon évolution intellectuel il me permet de faire des rencontres formidables. J’aime cette sphère de partage particulière, cette effervescence autour d’un même thème. Internet a ça de bien que toute un peuple peut sortir des chaînes d’un système, d’une société pour se passionner dans une communauté.