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AMBROISIE

Les séléctions

Entre ciel et terre

En pleine réflexion sur moi-même, cherchant à me retrouver, me débattant avec des problèmes existentiels et une conscience en décalage avec mes expériences sensibles, je balance une bouteille à la mer (sur le blog du coup) en vous proposant cette sélection traînant dans mes brouillons depuis quelques mois. N’ayant pas eu le courage d’écrire, un blocage, une peur hargneuse, vive, vicieuse dans le coeur, j’ai décidé de la prendre par les cornes et de la jeter au loin. Alors l’acte d’écrire grossit pour devenir un mont Olympe qu’il faut savoir dominer. Petit à petit, j’essaie de la surmonter cette peur de l’incapacité à produire de la qualité (à défaut de quantité), à pouvoir transmettre des émotions, des sensations, de la pensée, à pouvoir partager ce qui galopent dans ma tête, à verser ma colère, ma joie, ma peine, mes doutes pour entendre un écho peut-être chez d’autre. Alors je me suis immergée dans la contemplation, je me suis accordée un temps de pause, pour découvrir, apaisée, ces trois œuvres sublimes, recelant une part de merveille et même de mysticisme.


ENTRE CIEL ET TERRE de Jon Kalman Stefansson

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Jón Kalman Stefánsson, Entre ciel et Terre, 2010

Après la lecture d’une chronique du roman Entre Ciel et Terre, livre vu plusieurs fois si ce n’est quotidiennement sur les tables de ma librairie favorite, j’ai décidé de sauter le pas, de me disposer à m’immerger dans ces phrases dont les citations déjà me chamboulaient le cœur. L’Islande ou la Norvège ou le Danemark, trois pays du nord, là où la volupté de la glace résonne dans les veines, les gèlent mais les ramènent à une transcendance divine. Parce que j’aime quand ça exulte mes sentiments, là, masqués sous une couche de raison, sous une tonne de stress, sous une cathédrale de règles et de conventions que j’exècre.

Surprise par le système narratif, un chœur de voix sublimes. Ce sont les morts parlant pour les vivants. La frontière entre la chair et l’intelligible s’écarte, s’éclate par les paroles chantées, par les rares reproches faits à ce personnage, cet enfant de rien, un pêcheur débutant bravant les vagues du danger, dans ces flots amers. C’est la force de l’inconnu, de cette mort rôdant partout autour de ces âmes se dépeçant pour un peu d’argent, de quoi survivre. Les dialogues entremêlés dans les descriptions paraissent un cortège portant le spectateur (non pas le lecteur)  dans un au-delà, tangible mais intangible, une matière de sons, de lumière.

L’amour que je porte à ce livre m’a convaincu d’entreprendre un nouveau texte, d’écrire des phrases pareilles que son système narratif, des éclats de pensées, une manière de voir le monde. De l’apercevoir dans sa beauté absolue plutôt que dans sa laideur affolante. Ici, on prend le temps de déguster les phrases, enroulée dans un plaid, près de la chaleur artificielle d’un radiateur, on oublie pour fouler de nos yeux l’univers. Il m’a donné envie d’écrire, de peindre et rendre plus beau ces moments de rien, ces instants du quotidien que l’on méprise souvent. Après tout, qu’est-ce que la vie, qu’est-ce que les jours sinon une continuité de secondes, de minutes, d’heures créant des sentiments, des émotions qu’il faut savoir apprécier pour exister.


OCEAN MER d’ALESSANDRO BARICCO

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Alessandro Barico, Océan Mer,

J’en parle si souvent, je me passionne si fréquemment pour cet ouvrage, que dis-je, ce réceptacle à grandir, à se chercher, à se pardonner. A aimer la vie. Non au sens manichéen du terme mais à apprécier ses couleurs tantôt pâles, tantôt pétantes. Comme Entre Ciel et Terre, Océan Mer (on remarquera aussi le lien avec ces deux titres, tous deux si magnifiques) offre sur un plateau d’argent et d’or, des voix, des successions de personnages tous abimés par la vie, par une existence peinturlurée de peines, de douleurs, de souffrances.

Elle se sent.

Partout dans les lignes, dans la poésie des mots, par le rythme doucereux des vagues, d’une écume harmonieuse. Et puis. Le ravage. Le naufrage. L’agonie de ces marins en prise dans la tourmente insoutenable de la mort. Hosanna mer.

Hosanna, la grandeur, la déesse mère, Dieu peut-être. Calme, sage, gentille. Soudain féroce, conquérante, gourmande de ces êtres, humains, les emmenant dans l’abysse d’un néant, d’une terreur. La terreur universelle du rien après la vie. Alors, comme si l’on regardait à la place Du voyageur contemplant une mer de nuages, cette toile romantique de Friedrich, on se sent minuscule. Spectateur, lecteur, simplement matière pensante, totalement pénétré par cette scène s’effilant sur plusieurs pages. C’est une détonation de… tout. De l’univers entier. De la transcendance de Dieu. Alors si Dieu existait, il serait là, dans ces pages, dans ce passage.

Hosanna Mer.

Depuis j’aimerai nommer ma fille Hosanna. Depuis j’aimerai écrire un livre sur cette apothéose. Cette beauté stellaire. Peindre aussi, de gestes violents, retrouver cette sensation, cette émotion intense enfouie dans les lignes de l’histoire de Barricco.

Autant dire tout de suite que cet auteur est un roi. Celui qui m’a ému aux larmes. Quand on ne trouve plus les mots pour exprimer ce phénoménale dans les veines, on sait que l’on se trouve en face d’un talent majestueux.


 

Critiques littéraires

Une maison de poupée d’Ibsen

Je ne lis que très rarement des pièces de théâtre, sûrement car je ne me confonds pas directement avec le personnage, qu’une pièce de théâtre doit être vue, ressentie tactilement ou, du moins, se vivre par le jeu des acteurs et de la catharsis. J’avais pourtant acheté cet exemplaire d’Une maison de poupée car j’avais partagé ce moment de spectacle avec ma mère. Ma mère qui, en sortant de la salle, fut bouleversée, dans son corps entier rugissait des réflexions qui lui étaient propres, je n’oublierai jamais l’état que j’observais chez elle, ce mélange de révélation allié à une palette d’émotion qui se compulsait clairement sur les traits de son visage. Cette vision, je m’en souviens encore et m’en souviendrais toujours. Alors je n’ai pas hésité quand j’ai vu ce minuscule livre étalé sur une table de ma librairie. Je ne l’ai pas lu tout de suite, j’ai laissé les années s’écouler lentement, sans jamais y poser un œil. Ce n’était pas le moment. Pourquoi ce fut le moment au début du mois de Janvier, cette nouvelle année à peine entamée ? Je n’en ai aucune idée.

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Une maison de poupée, Ibsen, 1879.

La première chose qui frappe c’est le ton, non, c’est le naturel et la rapidité. Je n’ai pas l’habitude de lire un livre à grande vitesse, mais, cerclée de tout part par l’intrigue, somme toute, simple et épurée, j’ai lu l’entièreté avant de dire ouf. La préface donne quelques informations dont je n’étais pas d’accord au moment où je la lisais, seulement après cette expérience redoutable de lecture, j’avoue qu’en réalité ce qu’il avance est vrai. L’on dit d’Une maison de poupée qu’elle est féministe, centrée sur Nora, personnage que beaucoup de comédienne rêveraient interpréter, ce serait cloisonner l’œuvre et son propos. Bien sûr que ce drame a été écrit comme une critique de la société patriarcale de l’époque (mon esprit féministe en tout cas le voit comme ça), cependant il ne décline pas seulement une morale claire, précise, concise. Ce qui me fascine dans la littérature et le pouvoir des mots, outre le fait de les manipuler et de s’en délecter, outre la thérapie apportée (car les livres peuvent sauve la vie, je ne le dirai jamais assez), outre l’activité jouissive de notre cerveau lorsqu’on se met à participer avec les phrases et l’histoire, c’est la magie de la singularité. Une œuvre ne sera jamais perçue totalement par tout le monde, chacun y verra avec sa propre sensibilité. Or, Une Maison de Poupée est universelle. Elle porte en son sein les affres de l’âme humaine, dans ses répliques, dans ses dialogues, sans nous perdre par trop de veines différentes, en ciblant un problème essentiel, il cherche la valeur de la vie, de la famille, il questionne.

Le drame se joue en trois actes, rien de plus classique dans la forme de ce texte. Les préjugés douteront certainement de la qualité car l’auteur utilise une méthode efficace, accessible, gardant l’unité de lieu, de temps et d’espace. Il scénographise le moins possible pour augmenter l’intensité du drame qui se déroule devant nos yeux. Le noyau du couple se désagrège par un acte inconscient de la femme, par amour pour son mari (avec un peu de fierté et de narcissisme tout de même). Elle souhaitait lui sauver la vie. Nous nous situons dans une période conservatrice de l’histoire de la Norvège, là où les femmes étaient prisonnières, dépendantes des désirs de leurs maris, enfants sous la tutelle d’un homme, inférieures au joug masculin. D’ailleurs, lorsque le mari apparait, les mots sonnent creux, insipides, complaisant, ivres de leur sublime dominance envers la femme. Au premier abord Nora paraît femme-enfant, n’était-ce pas ce que l’on demandait aux femmes à cette époque ? D’être belles, merveilleuses, mais jamais trop intelligentes, jamais trop critiques, jamais trop indépendantes, jamais trop elles. D’autres personnages tourneront autour de ce couple, un couple qui n’en exhibe que le nom, pas la définition. Chacun amènera à la conclusion.

Je m’ennuyais un peu pendant le premier acte et le début du second puis, soudain, lorsque Nora doit affronter ses actes tout prend sens. Un crescendo sublime de tension, le cœur battant fortement entre les côtes, enfin le dénouement, surtout le langage qui s’amorce, dur, raisonnable, surtout, merveilleux de vérité. Je ne m’y attendais plus, j’avais oublié la scène que j’avais vu. Le lire, dans l’intimité d’une chambre, dans la chaleur d’une couette trouve un écho particulier, une sensation phénoménale, dans l’esprit et le corps. D’abord le corps qui s’enlace dans des torpeurs révoltées, dans des acclamations, dans une révélation. Ensuite l’esprit, qui ingurgite, qui analyse, qui essaie de trouver un sens, son sens. La remise en question. Qu’est-ce qui nous définit ? Nos actes ou nos pensées, ou notre richesse ou notre corps ? Qu’est-ce qu’une femme sinon qu’un homme portant une robe, un être doué de désir et de passion, d’angoisses et d’humanité ? Le désœuvrement quand le mari (j’ai même oublié son nom puisqu’il a tout du stéréotype de l’homme virile gouvernant son épouse comme une propriété) est suffisamment abruti pour ne pas comprendre l’enjeu, la vérité céleste jaillissant de la lassitude, de la découverte d’un visage répugnant de sa condition.

J’ai posé le livre, j’ai respiré. Ma gorge obstruée par les palpitations de mon myocarde à la fin de la pièce, je redécouvrais des questions simples mais auxquelles l’espèce humaine n’a toujours pas répondu. Car ce n’est pas une œuvre universelle, c’est une œuvre intérieure qu’il faut posséder avec ses sensations et ses émotions, sa propre histoire et sa propre singularité. Bien sûr que l’œuvre trouvera un sens commun, le dessus de l’iceberg, mais, à la lecture de ce temple, de cette pièce de théâtre que je considère maintenant comme une œuvre essentielle à ma vie de lectrice, j’ai surtout pris conscience d’une quête intérieure et des nombreuses portes closes qu’il faudrait détruire pour parvenir à soi même.

Cosmologie introspective

2017 dans le passé, 2018 dans l’espoir.

L’envie d’écrire un article de blog me titille passionnément. Je cherche. Je cherche. Une dizaine d’articles inachevés, gardés dans mes brouillons semblent s’assoupir encore pour un bon moment. Deux semaines que j’ai délaissé l’activité de mon territoire d’amatrice journaliste. Je ne voulais pas faire comme tout le monde également, des articles sur la fin de l’année, les coups de cœur littéraires et cinématographiques. Mais janvier s’approche, doucereux premier mois annonçant une nouvelle année. Toujours, le cœur s’affole. Un peu distrait. Un peu désorienté par les prémices d’une inquiétude se dessinant vers les mois où le changement s’annonce. Je vais reprendre cette tradition d’un bilan en vous dévoilant les fameuses choses que j’ai apprise, ayant bouleversé ce 2017, somme toute, une assez bonne année.

La confiance en toi tu apprendras.

Problématique sociétale, riche en blocage. Vingt-trois ans puis vingt-quatre, des doutes, des questionnements. Je n’en suis pas capable me répétais-je vivement lorsque je commençais une activité. Si je ne me suis pas arrêtée, c’est parce que j’ai besoin de ces trois passions. Un besoin vital d’ailleurs. La lecture. L’écriture. Le dessin. La lecture faisant partie de moi, je n’ai pas de mal à m’absorber une, deux, trois heures dans la journée, à m’engouffrer dans les pages.  L’écriture tisse un lien étroit avec la lecture. Lire me donne envie d’écrire, de faire vivre sur des pages de papiers des actions mouvementées, des portraits déchirées, des analyses psychologiques pour les grands meurtriers. Cependant, écrire me demande un effort certain. Non parce que je rechigne à la tâche, surtout parce que j’ai peur de mal faire. Car je sais que ce que j’écrirai ne sera pas à la hauteur de mes exigences. Enfin, le dessin. Etant étudiante en arts plastiques, j’ai besoin de dessiner régulièrement et, pendant mes trois années de licence je n’en faisais rien. Une stratégie d’évitement comme me dit souvent l’un de mes profs. Un beau jour, je me suis réveillée avec cette phrases soudain évidente : « si tu ne fais rien, tu ne progresseras jamais. ». Il m’a fallut trois ans pour comprendre qu’un « talent » artistique n’apparaissait pas à la naissance, qu’il n’était pas inné. Depuis, j’essaie de dessiner tous les jours et plus les jours passent plus j’apprends à apprécier les quelques esquisses que je produis.

Ne pas subir la domination d’un petit ami.

J’ai rencontré un homme. Histoire banale dans une existence atypique (car chaque personne étant différente, chaque vie est différente). Ce fut ma première rencontre où je découvrais les rondeurs exquises de l’amour. Or, de cet homme je ne l’aimais pas. J’étais simplement reconnaissante de l’idée qu’il m’aime. Là, on s’approche d’un véritable problème. Celui d’une relation malsaine. Car si, dans un couple, l’un des deux se sent si inférieur à l’autre, l’autre pourra à loisir le manger ou l’écraser, prenez le terme qui vous convient le mieux. J’ai tout, absolument tout fait pour lui, lorsqu’il me faisait pleurer avec ses remarques puériles, je me taisais. Lorsqu’il tentait de me dominer à coup de débat politique sans jamais m’écouter, je me taisais. Jusqu’au jour où, lorsque j’ai craqué il a voulu me quitter j’ai réalisé. Réalisé que cette rupture me soulageait, me libérait. Et, dans ma tête je l’ai remercié. Car une femme ne doit ni subir la pression familiale, ni sociale, ni dans un couple. Car une femme mérite, elle aussi, de prendre du temps pour elle et de dire les choses, ces sentiments qu’elle referme au fond d’elle pour ne pas blesser l’être aimé. Cette relation m’aura permise de réfléchir sur moi, vers quelles personnes étais-je le plus attirée, vers mes souhaits d’avenir. Comme le dit Simone de Beauvoir « L’homme se pense sans la femme. La femme ne se pense pas sans l’homme », pour les années à venir j’aimerai changer cette maxime, me consacrer à mes projets d’avenir sans ployer sous les désirs d’un homme.

Je suis devenue féministe.

Lors des vacances d’Octobre, une semaine de repos chargée en sommeil ; j’ai profité de ce temps de pause pour lire quelques articles de blog (je ne lis pas les articles de grands journaux souvent manipulés par la société et le système). Grâce à Histoire Vermoulue, j’ai découvert Buffy Mars. C’est grâce à cette femme que la prise de conscience, drastique, m’incita à ouvrir les yeux. A ne plus être dans le déni. Les premiers jours, se passèrent dans la torpeur, comme si j’avais décelé dans le lointain de mon île déserte une autre population voisine, population solidaire, fervente protectrice de l’amélioration des droits de la femme, de l’autre. Mes paupières se sont ouvertes quand j’ai constaté que la société dans laquelle je vivais (et que je n’aimais guère) s’alliait aux hommes et dénigrait les femmes, qu’elle se masquait sous le voile égalitaire alors que, dans les films, les séries, la littérature pour jeunes adultes, la femme est échue dans un stéréotype datant de mille siècles. Rien n’a changé et tout est à modifier. La femme est devenue plus indépendante certes, cependant, beaucoup pensent qu’il en est ainsi depuis deux trois siècles. Je tiens à dire que la femme a obtenu son chéquier en 1971, soit, même pas quarante ans de nos jours. Depuis le mois d’Octobre, je réfléchis, je m’oriente vers des articles politiques, je m’exclame, je m’insurge contre ces mâles n’ayant aucune conscience des droits, privilèges leur étant accordés. Plus qu’aux femmes.

La pression des études tu jetteras.

Septembre, master enseignement. Septembre, le début de certains symptômes alors inconnus ou ignorés. Une période où mes jambes ne pouvaient plus me soulever, où il était difficile de faire un pas sans douleur psychique. Là où mes notes dégringolèrent, là où j’ai remarqué qu’effectivement, dans cet état de panique frisant l’absurde il fallait que je déconstruise tout pour mieux reconstruire. La valeur première pour bien réussir, c’est l’amour que tu portes à tes études, la valeur affective que tu portes à tes connaissances, tes professeurs (guides des plusieurs années peut-être). Ne pas se laisser démotiver, décourager par les on-dit. On le sait, tous, que les concours sont difficiles mais un ratage n’est pas la fin du monde. Au contraire, ça peut être le début d’un nouveau chemin. Tu n’auras pas perdu une année, ce que tu auras appris te serviras plus tard. Ces quelques phrases me rassurent, la ligne imaginaire de progression également. Je sais que j’apprends en lisant, que j’écoute énormément, que ma bataille ne se confronte pas à une paresse nerveuse mais plutôt à une angoisse terrible qu’il faut que j’apprenne à balancer par la fenêtre. Entrer dans un état de concentration intense, un sage en action lorsque je me trouve devant ma feuille vierge.

Un blog pour partager.

En réalité, mon blog aura presqu’un an car j’ai ouvert mon premier en janvier dernier. Mon ex voulant supprimer mon nom de domaine j’ai déménagé. Puis j’ai voulu reprendre un nom qui m’appartiendrait. Cette fois-ci je me suis forgé un nid dont je ne bougerais plus. J’ai réfléchi à ma ligne éditoriale, j’ai trouvé quatre axes qui m’obsèdent, me fascinent, me passionnent : la psychologie, la littérature, l’art, le féminisme. J’en rajouterai d’autre, quand mon blog commencera à se remplir de pas mal d’articles. Hétéroclite, à mon image bordelique, il me plait et, changeant, se mouvant au grès de mon évolution intellectuel il me permet de faire des rencontres formidables. J’aime cette sphère de partage particulière, cette effervescence autour d’un même thème. Internet a ça de bien que toute un peuple peut sortir des chaînes d’un système, d’une société pour se passionner dans une communauté.

La lectrice intérieur

Du bénéfice de lire plusieurs livres en même temps

J’ai cette soudaine impression d’un temps immémorial depuis mon article précédent et celui-ci. Les semaines défilent dans un rythme enchaîné, je ne les vois pas, je les ressens par contre. Il m’est difficile d’écrire des articles personnels, j’entends par le mot personnel, des articles qui n’interfèrent pas mes cours. En ce moment j’ai un peu peur d’ailleurs, peur de perdre ce que j’ai construis durement depuis des années et de m’enfermer dans des codes restrictifs, restreints. Cette petite parenthèse me servira pour un prochain texte je n’en doute pas. Mais éloignons-nous de ces baobabs (merci Petit Prince) pour boire un chocolat épicé aux saveurs de noël, je voulais parler de ces livres que je lis tous en même temps. Non. Je voulais parler du fait que je lis plusieurs livres en même temps.

Comme quoi, tout change mais rien ne se perd. Je lis, une morfale gourmande, jamais rassasiée, dévorant des livres à plusieurs. Je ramasse dans ma main ces couvertures soyeuses promettant de magnifiques savoirs alors qu’il y a peu, je ne me concentrais que sur un unique. Pourquoi ce changement ? La fac, mon master professionnel. La découverte passionnante de multitudes d’essais m’ouvrant les yeux sur l’art, plus précisément sur le monde en général. C’est un genre que je lisais de temps à autre, occasionnellement. Et puis j’ai plongé, au mois de septembre dans une bibliographie riche, immense, infinie. Déjà que j’adorai lire, cette maladie du lecteur a grandi, elle a muri. Je désire tout posséder, agrémenter mon esprit. Encore. Encore. Encore.

J’aurai pu rédiger cet article dans un plan détaillé pour dévoiler les bienfaits de lire plusieurs livres en même temps. J’ai décidé de laisser ma plume me guider car il est tout de même assez personnel : comme je l’ai répété, avant, je ne lisais qu’un livre à la fois. Car je voulais m’attacher à chaque phrase. Surtout, je pensais que lire deux livres en même temps me ferait perdre le fil, que j’aurai une perte de repère puissante. Or…

J’assure que lire plusieurs livres à la fois permet déjà de varier les genres. D’un cloisonnement possessif, j’ai décloisonné mes horizons. Ils se sont étendus, ils m’ont dévoilé des connaissances sublimes, fascinantes. L’œuvre d’art et ses significations d’Erwin Panofsky, Histoires de peintures de Daniel Arasse (une relecture), Vie des formes d’Henri Focillon… Le premier fut naturel comme l’on traverse une rivière d’eau douce grâce aux roches lumineuses. J’avais abandonné les romans, dans ma tête, cette année rimait avec efforts acharnés, sept heures de travail par jour à la maison pour y arriver. J’aime ce que je fais. Plus encore grâce aux essais. Source d’inspiration et de réflexion. Cependant, les romans sont revenus à moi dans un cri de détresse alarmé : ils me manquaient. C’est comme ça que d’un, ils se métamorphosèrent en plusieurs.

Je me souviens d’un article et d’un TAG. Je proclamais que jamais je n’arriverai à lire plusieurs livres en même temps. Que nenni ! C’est un changement qui me convient mieux car, je lis plus sans m’en rendre compte (occupant tous mes moments d’ennui par un livre puisque je jongle avec plusieurs), je classe les informations, m’accapare toujours de nouvelles connaissances en simultané. En bref, j’apprends encore plus en me déconcentrant pour me reconcentrer (je vous préviens dès maintenant que dans tous les articles que je posterai, certaines notions de mes cours d’arts transparaitront pour votre plus grand bonheur).

La couverture amène les morceaux de mon cerveau à se recomposer. J’ai appris, grâce à ces nombreux ouvrages que je pouvais toucher à tout et m’éparpiller car il suffisait de se concentrer sur une tâche pour que tout revienne. Si je frappe fort mon clavier à l’instant même, sans relire et me doutant de nombreuses répétitions tout le long de ce périple, j’ai surpassé quelques obstacles. Celle d’affronter les préjugés qui m’embourbaient. Il s’agit de cela, la cause principale, cette façon de voir une manière qui me correspondait mais qui, ayant évoluée, ne trouve plus sa place.

Pour mieux m’exprimer : lire plusieurs livres en même temps permet de dynamiser le cerveau. Je le ressens comme ça en tout cas. Je ne reste plus cloitrer sur un seul thème. Même, je me permets d’avantage d’abandonner les livres dont mon humeur ne l’apprécie pas à cet instant, pour le reprendre mieux après. J’enlève la culpabilité idiote de cette ritournelle « s’investir dans plusieurs œuvres en même temps c’est trahir l’auteur et l’artiste ».

J’avais envie de poser un petit grain dans ce vaste édifice d’article s’approchant du même sujet. Pour démontrer que, lorsqu’on grandit, les méthodes assimilées se transforment, correspondent à ce temps présent qui s’envolera lui aussi pour former d’autres méthodes. Il est très plaisant de s’évader dans différentes histoires, de découvrir de nouveaux styles, de nouvelles pensées. D’essayer de lier entre eux les nombreux ouvrages pour y créer un tout. Il suffit de ne pas se perdre dans ce labyrinthe touffu de connaissances, d’émotions, de sensations.

Problématiques artistiques

Je ne souhaite pas faire du beau, je souhaite toucher le laid

J’avais envie de parler sur le fait de créer. Plusieurs fois j’ai ouvert une page blanche, l’immaculée n’attendant que les vertiges de la frappe du clavier pour expliquer un peu et plusieurs fois j’ai supprimé cette fameuse page où rien ne venait. Maintenant, j’écris, je n’ai plus peur. Si en fait, j’ai peur. J’ai peur du regard des gens, j’ai peur d’exposer l’intimité qui se délite sur les traits de mes dessins. J’ai peur du jugement surtout. Ce jugement que je m’imagine déjà : « oui mais elle se met en scène », « regarde comment elle écrit c’est déjà vaniteux », « elle ne parle que d’elle, c’est désagréable à la longue ». J’avais longuement réfléchi à un plan, mais ce genre d’article ne le permet pas puisque c’est sa spécificité première : révéler, re-présenter. Un miroir défiguré que l’on n’aimerait pas voir car l’on sait que tout ce qui se montre se déglingue dans l’inconscient et réveille quelques fardeaux que l’on prenait soin d’endormir soigneusement.

Toutes les excuses étaient bonnes pour ne pas dévoiler mes productions ; dont l’une que je me répétais incessamment : oui mais je n’ai pas assez de trucs à montrer, j’ai pas le temps, j’attendrais. Je fuirais plutôt, c’est le terme approprié. Cependant, depuis l’année dernière j’entends des propos assez étranges lorsque quelques-unes de mes connaissances observent à la dérobée ce que je fais. En même temps, j’ai choisi des études d’arts, non pas de l’histoire mais de la pratique, celle-ci même que j’évitais ne voulant pas m’affronter. Une sorte de thérapie trépassée, trois années de licence où j’ai fait le minimum syndical, profitant surtout des forums rpg pour effacer la réalité qui me tourmentait.

J’ai laissé murir le fruit de la maturité, du changement, de la guérison, doucement, simplement. Un jour, je me suis réveillée, cette phrase scotchée à mes lèvres, ayant changé ma conception de ma pratique (qui se résumait à : de toute façon t’es nulle donc ne fais rien, ne dessine rien, t’es pas douée pour ça) : « si tu ne dessines pas, tu ne progresseras jamais ». Et j’ai commencé à remplir quelques feuilles, par-ci par-là, ma quantité d’esquisse augmentant mois après mois. Au début on dessine comme un pied, nous ne sommes pas génie, le talent s’acquiert par le travail, la patience, la rigueur et la passion. Or, le problème se pose, redoutable fléau. Et lorsqu’on n’a pas confiance en soi, que ce que l’on voit tremble, frissonne, dégoute ? Mais que l’on a besoin de s’exprimer, de s’exorciser ?

Une dualité émerge. Tantôt on a envie de peindre, de créer, de posséder les méandres de notre inconscient, de le comprendre, de l’atteindre par le biais de la création artistique. Tantôt on se bloque, une épée de Damoclès au-dessus de notre tête. Tantôt on s’ambitionne de magnifiques projets qui s’évanouissent dans le souffle putride de la procrastination. Parce que ne rien faire est plus facile que de faire. Parce que l’art, c’est le moyen suprême de fabriquer, de donner à voir ce que l’on ne désire pas voir. Car, bien qu’une œuvre, une ébauche, un croquis, se parent d’attention, de sens ; qu’elles naissent tous de l’esprit et se matérialisent, c’est extrêmement compliqué de poser sur elles un regard objectif.

Aujourd’hui, j’essaie de dessiner tous les jours. Ma main semble plus apaisée, plus confiante, pour rassurée. Elle parcoure de son critérium favoris les pages de ses carnets, enveloppe de noir et d’encre les feuilles immaculées. Déchirent, écartèlent les membres de ces corps. J’ai appris que l’idéal d’une beauté projetée n’avait guère disparue et qu’elle datait depuis l’antiquité. Que les canons de proportions, que le fait de savoir « bien » dessiner résultait surtout d’une pensée sociétale, d’une philosophie point évanouie. Or, toute ma recherche repose sur cet idéal que j’ai envie d’éclater, d’écrabouiller.

Je ne souhaite pas faire du beau, je souhaite toucher le laid.

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Paroles féministes

« L’homme se pense sans la femme. La femme ne se pense pas sans l’homme. »

Ce n’est pas un billet que j’écris là, ni un billet d’introspection, ni un billet de passion comme j’appelle les textes discutant d’arts et de littérature. Je m’attaque à une première partie, sans doute compliqué, subversif, une première partie que je nommerai billet d’avertissement ou articles colérique. Colérique, enragé, sur la condition de la femme dans notre société. J’avais également l’intention (et j’ai toujours la prétention) d’analyser chapitre par chapitre afin d’offrir une base solide à l’éducation féministe du livre Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Lu et relu, toutes les pages sont annotées de concertations introspectives, de commentaires révoltés car cet ouvrage, ayant plus de cinquante ans est d’une terrifiante réalité, actualité.

J’écris cet article pour introduire cette nouvelle catégorie, celle du féminisme, de mes constatations désastreuses, de mes courroux, de mes convictions. Je suis fermement convaincue qu’en prenant les armes de différents domaines, en libérant la parole, en possédant le courage de graver les mots dans un texte publié à la vue de tous (internet permet cela, c’est une chance) l’écho grandira dans cette grotte que je suppose comme notre société. Plus j’ouvre les yeux sur mon environnement plus j’y vois la caverne de Platon, ces hommes vivant en face des parois rocheuses, n’apercevant jamais la réalité simplement des ombres divaguant.

J’aimerai hurler sur la culture du viol (ce que je ferai), sur les injustices, sur cette pseudo normalité que nous impose les magazines féminins, sur les diktats de la beauté, sur l’idéal, les canons, les normes de la féminité. Sur les clips, les marchandises où la femme est encore objectisée. Sur les discours que l’on me tient, les propos, les jugements dès lors que je m’emporte et que je casse le masque de la jeune fille sauvage, observatrice, silencieuses, que je me mets à discourir sur le féminisme. Lorsque je suis outrée, désagréablement choquée par certaines blagues pédophiles que j’entends régulièrement dans mes salles de cours, quand les autres rigolent pour se faire bien voir de cet individu.

« L’homme se pense sans la femme. La femme ne se pense pas sans l’homme. »

Parce que la femme est encore considérée comme une « fosse à purin » d’après les dires de certains gamins que je rencontre dans ma classe d’art plastique. Parce que la femme rêve d’un homme pour la protéger, rêve de carrière mais rêve d’amour et fondation d’une famille. Que la femme, quand elle ose dire qu’elle ne voudra jamais d’enfant, qu’elle ne coupera jamais sa vie en quatre, l’égoïsme coule entre les lèvres, se soulève dans la gorge la pression de ce système patriarcale. Que lorsqu’elle veut s’exprimer sur des théories intellectuelles, on lui demande ses sources, lorsqu’elle émet une idée les hommes lui accolent cette fameuse « vous dites cela parce que vous êtes une femme ».

Je ne songeais pas à écrire cet article, j’avais le cœur féministe près à sauter de la barrière de la bienséance. Jane Eyre et La servante Ecarlate ainsi que la série Alias Grace seront toujours mes modèles, m’enjoignant à ne jamais ployer sous les regards, les actes, les paroles condamnant la femme à son destin d’inférieur aux hommes.

A la rencontre d'artistes

André Kertesz

Le début du siècle dernier ouvre la voix aux artistes par l’impressionnisme et le cubisme, à une rupture sans précédent, une révolution pourrait-on dire. De là, le début de l’abstraction puis le dadaïsme et le surréalisme se conjuguent pour rejeter le traditionalisme, les dogmes de l’académisme. Le sujet disparait, et de nombreux thèmes sont trouvés. Ainsi André Kertesz s’inscrit dans cette lignée de nouveaux artistes. Né en Hongrie, il découvre très jeune les aptitudes et les particularités de la photographie, s’amusant à immortaliser ses proches en première expérimentation de cette technique pour ensuite photographier ses camarades de guerre lors de du premier ravage des tranchés. Il se crée ainsi une notoriété mais désire aller encore plus loin, il s’en va rejoindre Paris. C’est pendant cette période qu’il sera amené à travailler pour des magazines et journaux.

2Sa série de photographies Distorsion est une commande réalisée pour le magazine Sourire, il dégage un monde onirique, déformé, inquiétant, un miroir de l’au-delà, de l’inconscient. Il faut préciser que ce sont de véritables photographies non truquées. Pour les effets de formes virant à l’abstrait, il utilise des miroirs courbés que l’on retrouve dans les galeries de fêtes foraines ou à l’entrée du chapiteau d’un cirque. Les corps sont détruits, atteignent une aura fantomatique, étrange, bouleversante. Il choque le regard des spectateurs, l’œuvre peut bousculer lorsqu’on contemple quelques instants ce visage à l’allure effroyable rappelant le Cri d’Edvard Munch. Qui sommes-nous en réalité, si le corps peut se plier à n’importe quelle illusion ? Il entre en rupture avec l’art de l’académisme, il rejette l’idée d’idéal de beauté. L’artiste photographie du mouvement, essaie, en tout cas, de capter l’essence de l’être humain. En cela il se rapproche du surréalisme puisqu’il n’essaie pas de photographier que la matérialité, la matière ou la chair du modèle mais d’entrer en communion avec l’inconscient. Il partage avec le spectateur une question existentielle puisque le miroir pourrait symboliser le reflet de l’âme et de ses combats intérieurs. Le corps déformé serait une illustration de ce qui se passe dans la psyché de chacun : une lutte inexprimable, des tourbillons innommables. Seule l’image pourrait apporter une explication. Elle ne montre pas une réalité concrète ni une fiction, elle est la captatrice illusoire d’une envie d’attraper l’irréelle.

3Les œuvres d’André Kertesz chamboulent, en tout cas elles percutent.  Nous sommes tous amenés à se regarder dans le miroir, le miroir dévoilant un double, quelques fois, ce rendez-vous avec nous-même nous barbouille, c’est un moment d’une seconde, de plusieurs minutes, un instant de pause, le temps de s’affronter, de s’admirer, de trembler, de succomber, de casser peut-être cette face lisse en essayant d’atteindre l’autre, nous même. Ces photographies sont considérées comme absurdes, telle Alice de l’autre côté du miroir, les modèles féminins sont détruits, leurs corps se métamorphosent, rituel de destruction, de contemplation, un frisson parcourt l’échine. Il narre un monde invisible, laisse à découvert l’innommable ou l’insaisissable, le corps est la première strate pour atteindre l’indivisible, le champ de bataille, cet inconscient ancré, bien caché au fond de nous-même. Alors, fasciné, on se laisse prendre au piège, une toile d’araignée pour les spectateurs ou les lecteurs du magazine. On aimerait déceler les secrets, atteindre ce monde, on ne peut que voir, analyser, effleurer plutôt que de gouter à pleine bouche.

Critiques culturelles

Baise-Moi de Virginie Despente

Je ne souhaitais pas parler de ce livre. Pourtant, ce matin, je me suis levée et j’ai écrit dans mon carnet, en soi, rien de bien inhabituel. Un plan s’est formé, des arguments, j’avais besoin d’en parler car ce livre ne m’a pas chamboulé, ne m’a pas transcendé, disons clairement qu’il m’a laissé un goût amer en bouche. Virginie Despente est l’une des figures médiatiques faisant office de visage trash, de mauvais gout. Elle perturbe, elle dérange, elle en a rien à faire d’ailleurs et les gens aiment ça car ils ont la saveur du spectacle et du grandiloquent. Un peu comme Houellebecq. Alors je vais en verser quelques mots, mieux, je vais encore une fois, gueuler mon saoul pour vous permettre d’appréhender Baise-Moi, deuxième bouquin que je lis de cette autrice, deuxième déception. Jamais deux sans trois.

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Virginie Despente, Baise-Moi, 1993

Ces deux auteurs contemporains ont souhaité écrire sur la société et, sur la quatrième de couverture l’on peut lire éloges et phrases synthétiques sur le morceau de lecture acheté. Despente est décrite comme féministe, ayant disserté sur le thème de la femme (King Kong Théorie) et possédant un univers particulièrement urbain dépeint dans ses romans. Je me faisais une joie de découvrir Baise-moi lors de mes crises atténuées de violence psychologique, je le gardais au fond de ma bibliothèque pour le moment où j’aurai besoin d’exercer mon droit à la catharsis. Néanmoins, l’effet fut sauvagement étouffé par un effet de trop, de « je te balance ça comme ça démmerde toi ensuite ». Excusez ma vulgarité, elle n’est que l’imago de ce roman que je viens d’achever. Ainsi, en pauvre lectrice affamée et d’espoir vaincu, je me suis retrouvée sur le bord de la chaussée, sur un trottoir enflammé de colère et de « je me suis bien faite avoir. ENCORE ! ».

Par les personnages d’une inaccessible psychologie, les deux femmes ne sont que des pages blanches dans un enchevêtrement de moments se vendant dans une surenchère de violence. A qui tirera le mieux dans des innocents ? A qui parlera mieux le plus vulgairement possible s’il vous plait ? Aucune explication, aucune émotion, rien, le néant, va te faire te foutre semble-t-elle dire dans les pages de son roman. C’est dommage vraiment car avec un peu de construction, le roman aurait ressemblé à un monument dont tout le monde parlerait, un peu comme Hell de Lolita Pill (largement critiqué alors qu’il était un détonateur appelant à l’empathie du lecteur). Ecrire un texte féministe ne signifie pas enlever les préjugés et les caricaturer au maximum pour montrer que la femme peut être à l’égale de l’homme, dans ce cas-ci, la femme est ridicule à tirer sans penser, juste deux boules d’énergie meurtrière ne souhaitant que blesser et se venger d’une société les ayant repoussés, mis dans les marges. Peut-être y a-t-il d’autre moyen que de tirer comme des dégénérées, d’exorciser le mal par le mal ? Œil pour œil, dent pour dent, si seulement.

Si seulement le langage pouvait rattraper le vide des personnages, personnages censés offrir de la vie et amener à une réflexion sur la société dans laquelle on vit, car je suis sûre que l’intention de l’auteur se trouvait là, ou peut-être pas d’ailleurs, ce que j’ai ressenti, courroux intense et frustration bouillonnante, me guident vers le doute. Des efforts pour choquer, pour briser les mœurs et l’entendement de ces « bourgeois » se trouvent tout au long des pages, si vite détruit par le langage d’une crudité aseptisée, d’un « trop » virant à la caricature. J’admets que dans certains quartiers les mots pleuvent dans une surface de haine pour les autres (à voir Walter Bejamin) et démontre une lutte des classes acharnée. Mais où le montre-t-elle ici ? Dans ses scènes de tueries féroces ? Dans ses scènes où les deux femmes parlent de sexe, baisent et jettent ? Tous ces éléments auraient pu être percutant, aurait pu choquer le lecteur (il faut prendre en compte aussi que je suis plutôt immunisée contre ces effets et que je suis facilement impénétrable étant donné que je ma recherche artistique se base également sur les traces du malsain et du glauque) simplement l’effet est gâché, totalement anéanti par la fausseté du propos, par ce je ne sais quoi de malhonnête. Elle a voulu observer le monde et le donner à voir sur le papier, elle n’en a gratté qu’un tout incohérent et d’un point de vu manichéen naïf.

Faudrait-il écouter les paroles poétiques mais virulentes de Damien Saez ou de Gaël Faye pour se rendre compte du pouvoir presque mythique du langage et de la littérature pour comprendre que Baise-Moi aurait pu avoir un impact considérable pour son lectorat. Au lieu de ça, elle choque sans véritablement penser à mettre en théorie ses idées, à expliquer et à dire « oui, il faut que le monde change. Les femmes n’ont pas fini de lutter. » J’en ressors énervée, encore un potentiel surmédiatisé avec des phrases à l’arraché, une caricature en surface impressionnante mais vide intérieurement. J’assume ma dureté, comme à chaque fois, seulement, s’il vous plait, à l’avenir auteurs à succès, pensez à vos lecteurs et à la magie de faire de la littérature, ce que peut apporter un roman à d’autre. L’action d’écrire est certes solitaire, mais elle sert à partager des idées par le biais de la fiction et à concevoir, à inviter à la réflexion.

Au fil de Pénélope, Cosmologie introspective

Lorsqu’on s’isole

My solitude doesn’t depend on the presence or absence of people; on the contrary, I hate who steals my solitude without, in exchange, offering me true company.

J’avais l’intention d’écrire de nouveaux articles autres que des critiques littéraires et des articles liés à la littérature. Et aujourd’hui, j’avais envie de partager ce sentiment que l’on ressent peut-être tous, une fois dans sa vie, cette émotion d’isolement, cette sensation de ne pas trouver sa place. A la maison, dans notre lieu de travail… même lors d’une discussion en compagnie d’amis ou lors d’un repas de famille. Il arrive si vite, en fusée perpétré par un mot, un minuscule détail, une remarque. Pire. Un jugement.

« L’enfer c’est les autres. » est mon adage, une maxime grognant, cognant, grésillant dans ces moments de doute, de remise en question. Surtout dans ces instants où mes yeux s’ouvrent sur les camarades de promo qui m’entourent. Et quelques fois, l’envie terrible de les fermer ces yeux qui s’éveillent à la douleur d’autrui, aux gestes inconscients, aux mots utilisés.

Se sentir en décalage c’est se sentir vieille déjà. D’un coup. Parce que chaque chemin a été façonné d’une manière différente, unique. Le passé forge le présent. La personne grandira certainement, prendra conscience tôt ou tard dans son existence. Or, il y a des personnes jeunes mais déjà matures. D’ailleurs, mature est le mot qui convient lors de cette situation ; l’esprit possédant l’expérience et le corps la jouvence de la jeunesse.

Je me souviens d’un moment, un bref, très court instant où, lorsque j’ai raccroché mon téléphone, je me suis souvenue que j’étais jeune. Ces deux secondes furent très lourdes, je me voyais âgée de cinquante année, avant de me souvenir que j’étais étudiante de vingt-quatre ans, que j’avais encore la vie devant moi s’étalant de son encre imprévisible.

Je termine ce billet avec l’apaisement des doigts et de la tête alors que je l’avais commencé très en colère. A fleur de peau, observatrice de la société, j’ai les oreilles qui traînent. Et les questions sur les lèvres.

S’isoler est-il un mal ou un bien ?

Question dangereuse, se prêtant peut-être au cloisonnement : il n’y a pas de vérité absolue seulement un ressenti. Une protection, déjà, amenant à l’enfermement. Pour pallier à cette peur du jugement (car, au fond, il s’agit aussi de supporter les critiques derrière le dos se faufilant ignominieusement dans la psyché) je me replis dans les livres, porte de sortie, de survie. J’écoute, de loin, je ne m’oblige pas à m’isoler totalement car la vie humaine et les discussions m’intéressent.

Cependant, je ne supporte pas ces phrases hâtives de personnes proches : « mais tu allais mieux. » « Pourquoi ne participes-tu pas ? » « Fais un effort ! ». Certes, pour lier contact, souvent, il faut affronter quelques inquiétude, d’où le rôle des masques. Fameuses cachettes des blessures ! Et jouer d’un masque en société n’est pas mon envie première. Pourtant les règles sociales stipules de rire, de sourire, de s’ajouter à la conversation. Lorsque tu te dégages des autres, que tu t’immoles dans la solitude par choix, c’est mal vu, c’est pointé du doigt. Or, je préconise un moment d’égarement, un moment uniquement partagé entre le moi et le moi.

A l’abri dans une solitude pour penser, se chercher, analyser ; une phase d’introspection pour souffler, pour partager entre soi même des passions, pour progresser. L’écriture représente cette sérénité face à l’adversité, face aux incitations à plier. Plier pour la pression sociale, se poser des questions, se remettre en question. Oui, peut-être suis-je associable. Peut-être suis-je atteinte de troubles de l’isolement, d’asociabilité… Et si, pour une fois, on laissait les gens tranquille ? Qu’on leur tendait la main sans les juger, sans omettre d’a-priori face à ces loups solitaires ? En réalité, nous avons peur de la solitude car elle est signifiante de douleur, de décalage, de marginalité ; en tout cas elle est synonyme, pour beaucoup, d’angoisses.

J’ose le dire : j’aime ma solitude et n’éprouve aucun problème, lorsque le désir me prend, de discuter avec les personnes que je rencontre. Je suis tout de même à l’écoute de mes besoins vitaux : introvertie, j’aime le silence d’une pièce baignée de ma seule présence et de mes compagnons livresques. Pour prendre soin de ceux que l’on aime et que l’on apprécie, il faut savoir déjà s’aimer et se comprendre soi même. Et les périodes de doutes, d’isolement, sont nécessaires.

Les mascarades ont tendance à laisser des stigmates de colère, de révolte, ainsi je préfère être seule plutôt que d’être mal en compagnie des autres.

Les séléctions

TROIS FIGURES EFFRAYANTES


« Puis s’ajouta la battue d’un autre tambour, celui d’un autre géant marchant à quelques pas du premier, mais aucun des deux monstres, concentrés sur leur instrument, ne prêtait attention au rythme de l’autre. »

Je n’ai jamais été friande des fêtes cependant digne est de constater que j’adore celle de Saiman ou Halloween pour les intimes. C’est l’occasion de s’allonger sous le plaid, près d’un chocolat viennois avant de souffler les lumières, d’appeler la peur, d’affronter ses angoisses. Elle date de loin cette tradition, de très très loin dirais-je, toujours présente, elle esquisse notre vers le surnaturel. La mort a toujours été une de nos préoccupations, Halloween le démontre si bien. Les Mésopotamiens (il y a très très longtemps) avaient l’occasion de fêter leurs morts une fois par mois, ils leur réservaient une place à leur table. Ainsi, les morts s’accompagnent des vivants ou les vivants désirent retrouver leurs défunts non plus lors de la cérémonie funéraire, lors d’une fête exclusivement réservée pour eux. Encore une fois, elle est liée aux récoltes, à la lune, survie des nations et des peuples, puisque les Celtes allumaient des feux de joie au sommet des collines pour accueillir leurs disparus. Fêtons dignement Samain avec trois titres particuliers, dont l’un titille nos grandes frousses, celles de l’inconscient.

PS : j’ai un rythme de tortue et Halloween étant passé…


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Hannibal de Thomas Harris

hannibal-lecter-tome-1-dragon-rouge-269234L’histoire débute à l’aide d’une ancienne amie, celle-ci amoureuse des figures violentes, perturbées, démoniaques. La série d’abord a achevé de pousser le souffle de la tentation sur mes yeux éblouis par du baroque, ces plan chef d’œuvres ornés de références, de symboliques. J’étais réticente, il faut bien l’avouer, ayant essayé plus d’une fois à m’immerger dans le livre au style froid, clinique. Mads Mikkelsen m’a bien aidé. Et la lecture est devenue facile, à tel point que j’ai lu les quatre tomes, les dévorant, ne me fiant pas au style mais plutôt à tout ce qui entourait l’univers malfaisant, ces liens malsains, cette dynamique insoutenable.

On parle là d’un vrai psychopathe. Largement comparé au fil du récit à Lucifer lui-même. La tête de Mads (parce que cet acteur est un dieu, que je l’aime de toutes mes pauvres forces) est excellente dans ce rôle et, de voir la série avant de lire, étrangement, fut très intéressant. Comme je suis ivre de la belle poésie et du style lyrique en général, là, j’ai pu imaginer comme je le voulais, en glanant et récoltant des informations. Le style se pose en conquérant d’une histoire, pas de belles phrases au pathos, des faits tissés, des joutes verbales terrifiantes et des descriptions à la géométrie cadrée.

Livre et série se complètent assez facilement. En réalité, la série étant une très libre adaptation, je me suis sentie libre de constater qu’Hannibal, au delà de sa carrure imposante, au delà de sa psychopathologie, semblait un garçon attachant. De ce qu’il est devenu, il expliquera que c’était patent, qu’il s’est fabriqué, de loin, l’idée épouse l’effroi à la perfection. Si le passé ne rassure plus, si le passé ne peut fournir des explications, si le passé n’esquisse plus des circonstances atténuantes, que reste-t-il du sens à ces actes meurtriers ? L’homme (et moi du coup) aime à croire qu’il porte la bonté en son coeur, inimaginable la pensée de succomber à l’atroce avec plaisir.

On nage dans la terreur, le désespoir, l’agonie suprême. N’empêche que le plaisir malsain s’engouffre (ou est-ce simplement mon esprit aimant à mettre des personnes atypiques, empruntes de violence ensemble…) dans l’esprit, on a hâte de retrouver les paroles acerbes pourtant douées du talent du démon. Les quatre tomes et la série à voir absolument, au risque de manquer les rires du diable et les pleurs de l’agneau.


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La servante ÉCARLATE de Margaret atwood


 716eml62biglIl a défrayé les chroniques, les réseaux, il a chamboulé de millions de lectrices, il a supporté le poids de notre société, transformant la misogynie, la grossissant. Le livre se peint de traits grossiers, des lignes de faille se nuançant de mélancolie ; ici les larmes se versent, la peur s’étreint dans les  entrailles. J’ai connu ce livre avant l’annonce de la série grâce au slogan tapageur d’un livre pour jeunesse. Je ne lis plus de ce genre là, cependant je dois cette découverte grâce Au joyau, dystopie édulcorée young adult.

Par d’enfant ici, la majorité des femmes ne pouvant plus procréer, leur organisme n’offrant plus le don de la vie. Dans cette société totalitaire, elles sont classées en trois, séparées en trois catégories. Elles ne possèdent plus d’intériorité, de goûts, de plaisir, d’envie, de désirs, d’ambition. Les épouses servent les maris tandis que les martas servent les maisons des épouses et les servantes écarlates servent à la procréation. Rare et prisées, ces dernières subissent des viols à répétition pour le bien de la communauté. Autant dire de suite que, révoltée déjà par notre temps actuel et sa culture du viol se proliférant, ce roman fut la goutte d’eau. Le poison affectueux s’immisçant dans les veines, amoureusement, pernicieusement, vicieusement. Parce que la plume est si jolie, si emphatique, si triste que l’on pleure avec Jeffred.

J’ai aussi voulu claquer Jeffred de bien des manières différentes, malgré une émotion et une compréhension pour ce personnage me serrant le coeur à la volée des pages. C’est cet univers dépeint, froid, clinique, outrageant pour la femme, non pas Jeffred, courageuse et forte, qui me révolte depuis chaque paragraphe. Il mérite de posséder une place dans cette sélection effrayante puisque, tout comme l’exorciste, La servante écarlate grossit la vérité. Il est même pire que cette histoire de possession car, si l’on n’y prend pas garde, notre condition pourrait bien se révéler aussi vraie que celle du récit.


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la maison dans laquelle de Mariam Petrosyan


 81kaint-aulUne gueule de bois littéraire, ce roman m’a accompagné dans l’hiver hargneux de ce mois de février dernier, un mois où je me suis engouffrée, souris joyeuse entre les pages de ce magnifique livre. En ayant écrit une chronique, je pourrai dire tellement sur cette révélation. La maison prend notre inconscient en otage, un effet drastique quasiment mystique. La maison dans laquelle est de celle qui perturbe au long de la lecture, offrant sueur froide généreusement, fascination amoureusement.

Envies et désirs se joignent, valsent, s’éparpillent dans l’imagination carburant à vitesse lumière. Les images se faufilent, les moments, la psychologie de ces enfants livrés à eux-même. Lecteur, nous entrons dans un monde d’une psyché impressionnante, un pays aux merveilles vengeur où les désirs les plus sombres, la bestialité humaine, nos péchés sagement muselés apparaissent dans les couloirs et les rituels façonnés. Ces enfants c’est nous, les jambes boiteuses nous les possédons tous. Il m’a fallut un moment, après avoir refermé le livre, pour digérer ce monument littéraire, pour comprendre, pour chercher dans les dédales de mon esprit. Point de critique ni d’objectivité concernant ce doux trésor. C’est un livre univers s’ouvrant dans une maison en ruine, dans un pensionnat reflétant notre monde intérieur et notre société extérieur.

De mots pour décrire, la peur et la jouissance résument les sensations : effroi d’être soi même, de s’accepter dans ses pensées les plus obscures, de se combattre soi-même. Le livre est une extrême catharsis. A l’histoire se répercute notre propre intérieur que l’on bâtit avec difficulté mais courage.


Quel est le livre qui représente votre plus grande frayeur ?