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février 2018

Choses vues

Réserve

Le dessin s’écaille, une allure de pourriture sur un format grand aigle. Des coups de graphite peinent à trouver la forme du crâne demandé tandis que la créatrice s’échine à paraitre autre qu’elle-même. Leur a-t-on demandé de se complaire dans la convention immanente d’une société absurde ? Gauguin barbouillait ses toiles de figures féminines, un brin de nauséabond derrière la Tahitienne, l’ombre d’une mort sirupeuse. Le crâne sourit de ses dents gâtées, auréolé d’encre mélangé avec du bronze acrylique. Mais il y en a trop dit le professeur. Le problème qui se posera répondit-il, c’est cette manie que tu as de déformer, l’on ne voit pas le crâne, l’on regarde un ramassis d’ânerie, un amas d’abstrait, une matière expressive sans ébauche préalable où se formerait le De Vinci. Alors, l’étudiante, énervée, lassée, ramassa ses affaires, dans son sac usé, témoin de trois années de licence où, déjà, elle parvenait avec effort et mouvement, à s’affirmer, à reprendre cette lueur minuscule synonyme d’espoir, d’estime en soi. Aujourd’hui, elle se fane de la vie, elle pose ses yeux vers les cieux comme un vieux compagnon mortuaire, une barbe de nuage et l’astre soleil éblouissant dans ce froid hivernal. Elle a les mains gelées, les phalanges glacées par la température barbare. Sous son bras, un rouleau où la production sera délaissée dans un coin de son appartement. Elle en a marre. Elle ne souhaite pas mourir. Elle a des choses à faire. Des intentions à exprimer. Elle écrit d’ailleurs, un court texte pour expulser la colère, courroux suintant des pores de son clavier. Elle semble cette terre stérile qu’ils aimeraient formater, modeler. Elle n’est pas d’accord avec le gouvernement actuel ni avec les décisions prises pour les arts plastiques. Cette matière qu’on dénigre pour une société cartésienne, où l’argent mérite les éloges et la créativité la mort.